Nanomédecine, la promesse

Alors que la cancérologie propose aujourd’hui des projets thérapeutiques innovants de plus en plus personnalisés. La nanomédecine, elle, pourrait apporter des voies de traitements efficaces, universelles et à coût maîtrisé.

Au sujet de l’explosion des traitements personnalisés et de leur impact financier sur nos systèmes médicosociaux, Nicolas Bouzou, économiste santé, disait récemment : « Nous allons désormais devoir faire la différence entre ce qui relève de la solidarité et ce qui relève de l’assurance ». Et d’ajouter, les techno médicales sont entrées dans un nouveau cycle qui commence à révolutionner l’organisation professionnelle… Face à cette évolution inflationniste la nanomédecine apporte une toute autre approche radicalement opposée puisqu’elle repose sur des principes physiques génériquables à tous les patients. Elle apporte des outils thérapeutiques nouveaux et différents, avec la promesse d’une capacité de prise en charge financière plus réaliste.

 

BIOLOGIE VERSUS PHYSIQUE : LE COMBAT ?

La recherche médicale « traditionnelle » produit des molécules que l’on utilise en soins courants ou en protocoles, qui reposent sur des mécanismes biologiques. On attend des principes actifs de ces médicaments, qu’ils interagissent avec le milieu en induisant la réponse thérapeutique attendue.

Or les incertitudes liées à la variabilité biologique de chaque patient rendent la recherche en biologie nécessairement complexe, longue et ponctuée d’échecs. Enfin, quant au terme d’un long processus un médicament arrive sur le marché, il peut se produire que sans raison objective, des patients ne répondent pas… Nous avons tous connu ces situations.

La nanomédecine, quant à elle, est fondée sur les règles physiques : ce qui est vrai dans une équation l’est tout autant dans un tube à essai de même que dans un corps humain ! Et c’est là tout l’intérêt de la chose, quand on souhaite obtenir un bénéfice « prédictible » et pour le plus grand nombre de patients…

Laurent Lévy est président de Nanobiotix, une société made in France conceptrice de nanoparticules à usage médicaux qui s’est dernièrement illustrée au congrès de l’ASCO* pour le développement de certains de ses produits.

Il aime à citer cet exemple pour illustrer cette différence entre les effets physiques et biologiques :

« Prenez 100 cellules de cancer du sein, et soumettez-les à un traitement de chimiothérapie : une partie répondra bien et sera détruite, ce sera sans effet sur un autre groupe et un troisième groupe de cellules commencera à répondre avant de finalement résister au traitement. C’est normal et ces différences de réponses sont intégrées par les soignants. Prenez maintenant ces mêmes 100 cellules et soumettez-les à une température importante (par exemple 80 °C) : elles mourront toutes sans exception ». Cela répond à une loi physique qui ne souffre pas de dérogation, quel que soit le profil de la maladie ou du patient.

Cette opposition fondamentale entre biologie et physique est celle qui caractérise les différences.

Néanmoins médecine et nanomédecine sont complémentaires car elles permettent d’attaquer les problèmes sous différents angles pour plus d’efficacité.

La nanomédecine n’est d’ailleurs pas une spécialité en soi ; elle est, dans l’arsenal thérapeutique, le 3e pilier sur lequel nous allons pouvoir compter après la biotech’ et la chimie. Concrètement, elle couvre aujourd’hui des domaines très variés, depuis l’usage de nanoparticules ayant par ellesmêmes un effet thérapeutique à l’utilisation de nanoparticules à des fins de diagnostic.

 

EN PLUS DE L’INTÉRÊT MÉDICAL, UN INTÉRÊT ÉCONOMIQUE

La nanomédecine va révolutionner notre pratique médicale, nous devons nous y préparer et appréhender tout ce qu’elle offre et pourrait offrir à court terme, eu égard au nombre croissant de produits et de technologies qui vont arriver sur le marché.

En caricaturant légèrement, on pourrait dire que l’on se dirige vers le « one patient one pill » (un patient un traitement)… Or la nanomédecine développe une approche opposée à cette médecine personnalisée, une approche dite de « médecine généralisable » et dont les bénéfices dépassent le seul spectre du bien-être ou de la survie des patients.

En effet, qui dit généralisation dit baisse drastique des coûts : si des produits constitués de nanoparticules visent à soigner efficacement des masses importantes de patients, leur coût sera, de fait, mécaniquement réduit.

À une époque de recherche de performance médicale où les dépenses doivent être étroitement contrôlées pour des effets tout aussi efficaces, l’arrivée des nanoparticules dans la santé semble avoir un bel avenir si elle tient ses promesses.

 

 

* Bonvalot S. et al. Phase I Study of NBTXR3 nanoparticles, in patients with advanced soft tissue sarcoma (STS), #10563, Chicago, ASCO 2014

Article proposé avec le soutien de Nanobiotix

Portrait de Matthieu Durand
article du WUD 17

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