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Après deux années pleines de mises en œuvre, il est rare de pouvoir évaluer avec certitude et exhaustivité l’efficacité d’une mesure de santé publique. Mais quant à n’avoir presque aucune idée de son efficacité... C’est pourtant ce qui est en train de passer avec « Mon bilan prévention » : opérationnelles depuis début 2024, ces consultations ciblant quatre tranches d’âge (18-25, 45-50, 60-65, et 70-75 ans), qui peuvent être effectuées par différents professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, et sages-femmes) et qui doivent permettre de faire le point sur des thématiques comme les habitudes de vie, les dépistages organisés, ou encore la santé mentale, n’ont encore fait l’objet d’aucune évaluation à grande échelle.
Les chiffres officiels sont assez rares. Dans son rapport « Charges et Produits » pour 2026, publié à l’été 2025, l’Assurance maladie avait comptabilisé un peu plus de 60 000 bilans réalisés en 2024. « Ce n’est plus la réalité des chiffres : nous avons recensé, en interrogeant les bases de données de l’Assurance maladie, 357 216 bilans entre janvier 2024 et décembre 2025, et les choses ont probablement continué à grossir, nous sommes donc désormais probablement à plus d’un demi-million de bilans réalisés », estime Sylvain Gautier, médecin de santé publique à l’Université Versailles-Saint-Quentin qui a coorganisé un symposium sur « Mon bilan prévention » lors du dernier congrès de la Société française de santé publique (SFSP) à l’automne dernier.
L’universitaire ajoute que d’après les chiffres qu’il a pu consulter, les bilans se répartissent de façon à peu près équilibrée entre les quatre tranches d’âge ciblées. En revanche, de fortes disparités sont observées entre les professionnels qui réalisent les bilans. « Au cours de la première année, les médecins généralistes arrivaient en tête des quatre professions, mais aujourd'hui les choses sont différentes, et les pharmaciens ont réalisé 51 % des bilans entre 2024 et 2025 », souligne-t-il.
Angles morts
La grande question, c’est de savoir qui a vraiment utilisé « Mon bilan prévention ». « Ce qu’il risque de se passer, c’est qu’on laisse les choses se faire naturellement en termes de déploiement, et donc qu’on creuse les inégalités », craint le Pr Philippe Michel, chef du service « Promotion, Prévention, Santé populationnelle » au CHU de Lyon, qui avait été chargé en 2024 par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) de mettre en place un « cadre évaluatif » pour le dispositif. Le PU-PH rappelle que « Mon bilan prévention » repose notamment sur le remplissage d’un autoquestionnaire préalable aux consultations, ce qui nécessite un certain niveau de littératie en santé. « Il faudrait que les plus défavorisés soient particulièrement incités à entrer dans le dispositif », souhaite-t-il. Or pour l’instant, aucune évaluation traitant ce point crucial à une échelle significative n’a été lancée.
Autre angle mort de « Mon bilan prévention », cette fois souligné par le Dr Yohan Saynac, vice-président de MG France : « L’idée d’avoir une consultation d’évaluation anglée sur la prévention est plutôt intéressante, pointe-t-il. Mais toute la question, c’est le sens qu’on lui donne dans le parcours. » Pour le généraliste, le dispositif est intéressant si, par exemple, la consultation permet d’identifier une problématique liée au tabac et enclenche une démarche sur l’arrêt du tabac.
« L’idée, c’est de pouvoir mettre en place des choses très concrètes derrière, estime le responsable syndical. On a le sentiment que le fait d’avoir ouvert le dispositif hors parcours ne favorise pas cette démarche. » Yohan Saynac sait bien que les pharmaciens, par exemple, sont d’un autre avis (voir encadré), et il se défend de tout « dogmatisme ». « Si l’infirmière avec qui je travaille me dit qu’elle a fait le bilan prévention de mon patient, c’est parfait, estime-t-il. Toute la question, c’est ce qui se passe après le bilan. » Il reste à espérer que des données solides viendront prochainement éclairer ces débats.
Philippe Besset et les pharmaciens dans tout ça ?Les pharmaciens considèrent que les « bilans prévention » font partie de leur cœur de métier. C’est ce qu’explique Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), principal syndicat des officinaux. Les pharmaciens réalisent la majorité des « bilans prévention », considérez-vous que c’est une bonne nouvelle ? Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle, mais ce qui en est une mauvaise, c’est qu’il y a trop peu de bilans qui sont faits, toutes professions confondues. Pour ce qui est des pharmaciens, nous sommes un métier qui a muté vers un nouvel axe, celui du métier de préventeur. Donc quand le Gouvernement a lancé les bilans prévention, malgré les défauts du dispositif nous avons tout fait pour nous en emparer, en lançant notamment des formations auprès de nos adhérents. Vous dites que trop peu de bilans sont réalisés, comment accélérer la hausse des courbes ? Nous devons communiquer davantage. L’année prochaine, nous avons par exemple l’intention d’utiliser la campagne de vaccination contre la grippe pour rappeler aux seniors qui viennent se faire vacciner chez nous et qui sont dans la tranche d’âge pertinente que c’est le moment de faire leur bilan. Comment faire pour que ces bilans ne soient pas des consultations « one-shot », et qu’ils soient intégrés dans un réel parcours de prévention ? Le bilan doit évidemment ouvrir sur des axes de prévention identifiés avec le patient. Cela peut être une orientation vers une structure « sport-santé » labellisée, une problématique à voir avec le médecin traitant, une remise à plat du calendrier vaccinal que nous pouvons faire nous-mêmes… Il s’agit donc bien de démarrer un véritable parcours de prévention. |
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