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« Comment prendre soin des autres quand on va mal ? » Derrière la question, l’enquête pointe un paradoxe ancien mais rarement objectivé : à l’hôpital, la santé des praticiens reste encore trop souvent une affaire individuelle, alors même que leur usure relève largement de l’organisation du travail.
Présentée le 19 juin par le Snphar-E, l’enquête repose sur 3 611 réponses recueillies entre le 14 octobre 2025 et le 15 janvier 2026 auprès de praticiens exerçant en établissements publics de santé. Le syndicat la présente comme un état des lieux inédit sur la santé des médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers. Les résultats décrivent une population exposée, souvent atteinte dans sa santé physique ou mentale, mais insuffisamment suivie.
Selon Snphar-E, 48 % des praticiens répondants déclarent un impact négatif du travail sur leur santé physique et 63 % sur leur santé mentale. Près de 20 % considèrent que leur santé mentale retentit fréquemment sur leur travail. La qualité du sommeil a des répercussions fréquentes sur l’activité professionnelle pour 24 % des répondants.
Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de documenter un effet direct sur la sécurité des patients. Ils suffisent en revanche à poser une question d’organisation : comment un hôpital peut-il durablement s’appuyer sur des praticiens dont la santé est fragilisée, sans garantir un suivi régulier et structuré ?
Un suivi médical très insuffisant
D’après le Snphar-E, un praticien sur cinq n’a pas de médecin traitant et donc qu’environ un praticien sur cinq est son propre médecin traitant, une situation qui expose, à un risque de déni ou de sous-estimation d’un problème de santé.
Le recours au service de santé au travail apparaît tout aussi lacunaire. Plus de 80 % des répondants déclarent ne pas bénéficier d’un suivi par la médecine du travail. Près de la moitié indiquent n’avoir jamais eu de proposition de rendez-vous par leur service de santé au travail. À l’inverse, le dossier note aussi un désintérêt ou une méconnaissance du dispositif : 69,2 % des répondants déclarent n’avoir jamais demandé de rendez-vous.
Le paradoxe est brutal : les praticiens hospitaliers sont soumis à des facteurs de risque identifiés, notamment les volumes horaires, la permanence des soins, le travail de nuit, le stress, les contraintes organisationnelles ou encore les expositions propres à certaines spécialités. Mais le système chargé de les suivre semble largement absent ou contourné.
Grossesse : un signal particulièrement préoccupant
L’enquête consacre aussi un volet aux grossesses. Sur 2 332 répondantes, 1 615 déclarent avoir eu au moins une grossesse. Le taux d’accouchement prématuré rapporté atteint 14,7 %, contre 6,6 % en population générale selon les données de comparaison. Le dossier distingue 12,6 % de prématurité entre 32 et 37 semaines d’aménorrhée, et 2,1 % de grande prématurité ou prématurité extrême avant 32 semaines.
L’enquête évoque plusieurs facteurs possibles, parmi lesquels l’âge au moment de la grossesse, le stress, la station debout prolongée, la participation à la permanence des soins et les périodes de travail prolongées. Mais le signal est suffisamment marqué pour justifier des travaux complémentaires.
Le dossier souligne également que seules 17 % des répondantes concernées par la grossesse disent avoir bénéficié d’adaptations de leurs conditions de travail, tandis que 61 % déclarent avoir eu recours à un congé pathologique de grossesse. Pour le Snphar-E, la grossesse des praticiennes impose donc non seulement des adaptations d’activité, mais aussi une évolution culturelle.
L’enquête a des limites, que le dossier reconnaît. Sa diffusion a été contrainte par l’accès limité aux adresses professionnelles, les bloqueurs de mails dans certains établissements et la capacité du Snphar-E à toucher certaines spécialités plus que d’autres. Les anesthésistes-réanimateurs y sont notamment surreprésentés, tandis que les chirurgiens et radiologues sont moins présents.
Le dossier évoque aussi un biais de sélection possible : les praticiens ayant répondu se sont peut-être sentis plus concernés par leur santé que les autres. À l’inverse, les praticiens les plus malades, en arrêt prolongé ou ayant quitté leur activité pour raison de santé, ont pu ne pas être atteints par l’enquête.
Ces limites ne disqualifient pas les résultats : ils ne sont pas une mesure définitive de la santé de tous les praticiens hospitaliers, mais un signal d’alerte documenté sur un angle mort de l’hôpital public.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/un-medecin-ca-se-soigne-tout-seul
Le Snphar-E demande un « Plan Santé des Praticiens »
À partir de ces résultats, le Snphar-E propose un plan en cinq axes : information et formation, prévention, suivi médical, prise en charge et accompagnement, reconnaissance. Le syndicat réclame notamment un suivi régulier par le service de santé au travail, des adaptations d’activité en fonction de l’âge ou de la grossesse, ainsi qu’une reconnaissance de la pénibilité et du travail de nuit.
Le Snphar-E demande une rencontre avec la DGOS et la ministre de la santé afin de présenter l’ensemble des résultats de l’enquête et d’obtenir des avancées sur la santé et les conditions d’exercice des praticiens.
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