Martin Siguier

Interniste spécialisé en maladies infectieuses, thésard en immunologie, 32 ans.

What's up Doc. Quel est ton premier souvenir d’interne ?

Martin Siguier. Une soufflante ! Mon PH nous a convoqués dans son bureau ma co-interne et moi, parce que j’avais fait poser des chambres implantables à des patients neutropéniques, alors… qu’il ne faut pas le faire. C’est là que je me suis dit que j’étais interne, et que j’avais des responsabilités.

WUD. Ton premier souvenir de garde ?

MS. Celui d’un long couloir d’un kilomètre en sous-sol qui menait d’une partie à l’autre de l’hôpital, où j’ai pris conscience de la taille de l’endroit dans lequel je travaillais, et surtout du sentiment de solitude de l’interne. Quand il est quatre heures du matin et qu’on t’appelle pour un avis, il n’y a personne. Tu as l’impression d’être tout seul dans l’hôpital. Et là maintenant, j’ai l’impression de donner une interview de dépressif !

WUD. Ce que tu as préféré pendant l’internat ?

MS. Mes co-internes ! Cette espèce de lien très fort qui se crée avec des gens qui partagent les mêmes galères que toi, à la fois dans le rire, la difficulté, et parfois des moments complètement improbables.

WUD. Et ce que tu as le moins aimé ?

MS. Cette sensation parfois que tu es un pion, que tu es là pour faire fonctionner une machine, et que ton existence en soi n’a pas de réalité, pas d’importance. La bouffe en salle de garde, et même les gardes : je déteste ça. Et aussi, c’est frustrant de voir des patients intéressants et de savoir que je ne pourrai pas m’en occuper après.

WUD. Un patient qui t’a marqué ?

MS. Une patiente africaine mourante, VIH, avec toutes les complications possibles : toxoplasmose, cryptococcose méningée… Elle était complètement délirante. On a fait venir une ethnopsychiatre. Elle m’a dit d’écouter ses rêves. C’était une princesse de tribu africaine, et se retrouver en dehors de sa tribu, dans l’anonymat d’un service hospitalier parisien, c'était compliqué. Alors j’ai écouté ses rêves tous les matins, et elle a fini par aller mieux, ses CD4 sont remontés à plus de 200. Et elle est partie. Elle m’a retrouvé cinq mois après dans le nouvel hôpital où j’étais, pour m’offrir du champagne, des chocolats et une bible. Et une longue lettre dans laquelle elle m’appelait « Docteur Mignon ». Elle m’expliquait à quel point j’avais été important dans sa guérison. Elle m’a beaucoup touché, et j’ai réalisé qu’en tant qu’interne on peut avoir un rôle essentiel dans une prise en charge !

WUD. Quel est ton message pour les jeunes internes ?

MS. On est là pour former les médecins à soigner des gens, et pas seulement pour écrire des articles et faire de la recherche, ce vers quoi le système universitaire pourrait nous pousser. Je pense qu’il ne faut pas se lancer dans un master 2 et une thèse de sciences sans projet défini. Il faut préserver le confort et la qualité de travail, tout autant que sa qualité de vie…

Portrait de Lisa Camus
article du WUD 27

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