Maladies chroniques : les généralistes ont besoin de superpouvoirs

Il est temps de jouer collectif

Les pathologies chroniques sont en train de faire émerger une nouvelle médecine. Telle est la thèse développée dans Les Maladies chroniques (1), ouvrage collectif dirigé par le Pr André Grimaldi. Un changement qui risque de se faire dans la douleur, notamment pour les praticiens de premier recours. A moins que la profession ne réussisse à s’organiser différemment.

« Clinique », « soutien psychologique », « guidage vers le secteur social », « prévention dans tous ses aspects », « participation aux actions de santé publique sur le territoire ». Non, ce n’est pas le poème d’un Prévert égaré dans les couloirs du ministère de la Santé. C’est la liste des missions du généraliste telle que dressée dans Les Maladies chroniques, livre collectif dirigé par le Pr André Grimaldi et sorti en mars dernier. Alors oui, ça fait beaucoup. Mais la profession peut y arriver, à condition « d’acquérir des compétences » et de « repenser l’organisation des soins primaires », peut-on lire dans ce véritable pavé. Rien que ça.

C’est le Dr Didier Ménard, ancien président du Syndicat de la Médecine Générale (SMG) installé en Seine-Saint-Denis, qui a signé le chapitre sur la médecine générale dans l’ouvrage en question. Pour lui, les choses ne font pas un pli : si le médecin traitant veut éviter que son patient chronique ne se transforme en « boule de flipper » ballotée entre les différents acteurs de sa prise en charge, il doit se changer en coordonnateur du parcours de soins. Ce qui implique de jouer collectif.

C’est pas toi qui commandes !

D’après lui, le médecin qui exerce seul n’a tout simplement pas le temps d’assumer le rôle de coordination. Autre handicap : il n’a pas accès aux (trop maigres) ressources que l’Assurance Maladie consacre aux structures telles que les maisons, pôles ou centres de santé. Une seule solution, donc : l’exercice collectif.

Mais Didier Ménard ne se contente pas d’appeler les généralistes à s’unir à d’autres professionnels. Ill ajoute qu’il faut « construire une coopération non hiérarchique et se persuader que le travail de chacune et de chacun a la même valeur ». Bref, ce n’est plus le médecin qui commande. Pas sûr que la profession soit prête pour une telle révolution culturelle.

Dans le livre, Didier Ménard a en effet des mots très durs contre ses confrères, « formatés pour travailler seuls », dit-il. Il décrit les généralistes libéraux comme « un corps professionnel peu habitué à se remettre en cause », caractérisé par un « corporatisme exacerbé confinant au poujadisme ». Heureusement qu’une nouvelle génération arrive !

En route vers la troisième médecine !

Mais le temps presse. Surtout que l'apparition de nouvelles maladies nécessitent aussi une autre médecine. C’est d'ailleurs tout le message développé dans cet épais ouvrage où soixante-quatorze contributeurs analysent les transformations qu’implique la chronicité en médecine. On peut ne pas être d’accord avec tout, mais un constat s’impose : il y a là matière à réfléchir !

(1) Pr André Grimaldi, Yvanie Caillé, Frédéric Pierru, Didier Tabuteau, Les Maladies chroniques - Vers la 3e médecine, éditions Odile Jacob, mars 2017. 772 p, 24,9 €

Source: 

Adrien Renaud

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