Ma belle orangeraie - Critique de « Ce qu’il reste de nous » de Cherien Dabis

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Jaffa, 1948. Propriétaire d'une orangeraie prospère, Sharif tente de résister aux pressions des communautés juives revendiquant le territoire. C'est à travers les yeux de son fils Salim que nous suivons, sur trois générations, l'expropriation, l'exil, la rebellion et la tentative de reconstruction de cette famille, symbole de la résistance et de la résilience palestiniennes.

Ma belle orangeraie - Critique de « Ce qu’il reste de nous » de Cherien Dabis

© NOUR FILMS

Un film qui oscille intelligemment entre saga romanesque et parcours intime, pour mieux célébrer la cause palestinienne et, surtout, la transcender à travers un dilemme digne d'une tragédie antique. Un message universel puissant délivré avec les codes du cinéma occidental, concourant ainsi pleinement à ce que le spectateur s'identifie à cette famille.

Cherien Dabis, réalisatrice palestinienne et américaine, a puisé dans ses souvenirs personnels et sa double nationalité pour raconter de la façon la plus universelle, certains diront la plus efficace, qui soit, l'histoire d'une famille dans laquelle chacun pourrait se reconnaître. 

Elle fait jouer à une dynastie d'acteurs, un père et ses deux fils, le rôle de Sharif et de son fils Salim, dont on comprend peu à peu que le film se concentre sur sa trajectoire. Egalement actrice, elle s'est réservée le rôle de Hanan, la femme de Salim. 

L’élégance du parti pris

De cette veine personnelle, mêlée à des accents universels, se déploie une oeuvre acquérant d'emblée une dimension classique, dont on ne sait jamais réellement vers qui elle est censée faire battre prioritairement le coeur. 

Si la dimension nationaliste est clairement au premier plan pendant la première moitié du film, et perdurera constamment tant l'injustice de la perte et de l'humiliation se répètent, un conflit éthique tragiquement mais intelligemment amené le font clairement basculer du côté du mélo - l'on songe à Almodovar et à son amour pour les tragédies médicales. 

De même, tout semble tellement fait pour que l'on puisse, au-delà d'une bien naturelle empathie, se retrouver dans cette famille, et ce de façon si réussie, que ne peut s'empêcher de poindre, à distance de sa vision, un constat mêlé d'amertume quant aux limites de la puissance journalistique et documentaire.

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En résulte un film constamment oscillant, symbole d'une fracture qui semble habiter une cinéaste qui aurait choisi de ne pas choisir, qui dessine une trajectoire entre deuil ineffaçable et dépassement nécessaire, cherche son propre apaisement et le trouve peu à peu en resserrant son intrigue sur la personne de Salim, le fils à qui Sharif aurait voulu transmettre prioritairement l'amour de sa terre, mais de qui il retiendra avant tout le goût de la langue arabe et de son potentiel poétique. 

Un film qui se concentre sur ce qui perdure et ce qui survit. 

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