L’hôpital de demain sera au cœur de la ville ou ne sera pas

Directeur général du CHU d’Angers et président du Groupement de recherche et d’applications hospitalières (Graph), un club de réflexion sur la santé, Yann Bubien a dirigé l’ouvrage Concevoir et construire un hôpital (2014) et s’apprête à publier un nouveau livre sur architecture et psychiatrie. Il a accepté de nous livrer sa vision de l’hôpital de demain.

 

What's up Doc. Du point de vue d’un directeur d’hôpital, quel est le plus important dans la conception d’un nouvel hôpital ?

Yann Bubien. On a trop longtemps privilégié l’aspect extérieur au côté pratique et au parcours patient à l’intérieur des murs. C’est pourtant le principal.

WUD. En quoi l’évolutivité est-elle essentielle ?

YB. Quand on est directeur d’hôpital, on se retrouve avec des bâtiments de seulement 10 ou 15 ans qui ne sont plus du tout adaptés aux exigences contemporaines. Quand on ouvre un nouvel établissement, il n’est souvent déjà plus adapté ! Si j’étais provocateur, je dirais que l’idéal serait de construire des hôpitaux recyclables ou renouvelables : pas chers, vite construits, et de courte durée de vie.

WUD. Cet enjeu s’est accentué ces dernières années ?

YB. L’obsolescence des bâtiments a augmenté très rapidement. Au CHU d’Angers, l’Hôtel-Dieu a été construit en 1850 et n’a pas beaucoup changé en un siècle. Désormais les techniques médicales, les plateaux techniques évoluent sans cesse. Il y a aussi des normes, françaises et européennes, qui évoluent en permanence.

WUD. D’où une exigence de modularité accrue.

YB. Il y a quelques décennies, on entrait à l’hôpital pour des opérations assez lourdes, et on restait alité plusieurs semaines. Aujourd’hui, avec l’essor de l’ambulatoire, on reste seulement quelques heures. Ce n’est plus les mêmes équipes, l’accueil des patients doit être beaucoup plus rapide, les salles d’opération ont des taux de rotation impressionnants. Avec l’ambulatoire, le plateau technique prend un caractère central et doit être partagé. Tout change.

WUD. Qu’en est-il du parcours patient ?

YB. Le patient a droit à un parcours coordonné. On doit penser à son retour à domicile, à sa prise en charge à domicile, à son retour en consultation, aux liens avec la médecine de ville. Et c’est difficile à organiser. Parce que l’hôpital, la clinique, la médecine de ville, n’ont ni les mêmes financements, ni les mêmes impératifs, ni les mêmes façons de voir les choses. Tout le monde en parle – ce qui est bien –, mais on en fait encore peu.

WUD. Vaste chantier…

YB. Ça demande une organisation plus « industrielle ». Je n’aime pas ce mot parce qu’on a l’impression qu’il déshumanise, mais je ne crois pas qu’il soit déshumanisant de penser à tous les moments, à toutes les étapes du parcours patient. Quand le patient rentre chez lui le soir, il n’a pas le même accueil s’il est bien entouré, avec une famille, ou s’il est seul chez lui. Il y a une dimension sociale qui est très claire, et donc un lien à faire avec la ville.

WUD. Comment faire ce lien ?

YB. Pendant trop longtemps, et c’est encore vrai, il y avait trop de cloisonnements entre l’hôpital et la médecine de ville. Ce modèle-là a vécu. Il faut raccourcir les délais d’envoi des compte-rendus aux médecins de ville et intensifier les échanges. Il faut absolument se rencontrer : ce peut être des staffs communs, des conférences à l’hôpital, dédiées aux médecins de ville. Plus on fait d’ambulatoire, plus on a besoin de lien avec la ville. Or on sait que l’ambulatoire, en chirurgie comme en médecine, c’est l’avenir.

WUD. L’hôpital doit-il aussi se rapprocher de la ville au plan géographique ?

YB. L’enjeu aujourd’hui, c’est rester ou revenir au cœur des villes, avec une accessibilité par transports en commun et une connexion avec les autres services urbains. Je ne crois plus du tout au modèle des années 80 : on éloignait l’hôpital du centre-ville au profit d’espaces péri-urbains, plus vastes, beaucoup moins coûteux, proches de l’autoroute. Un peu sur le modèle des centres commerciaux. C’est un modèle obsolète. On voit bien aujourd’hui la réflexion globale de notre société : le choix de la consommation extrême en énergie et en espace est complètement dépassé.


Image d'illustration : FlickR -
Joey Gannon.

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