Les pédiatres du Belvédère sommés de faire du chiffre pour conserver leurs gardes

L’ARS Normandie a coupé, en janvier, 50 000 euros du budget de la maternité du CH du Belvédère (56) et ce sont les pédiatres qui perdent leurs gardes pour des demi-gardes. Inquiets pour la sécurité des patients, les médecins pourront conserver des gardes pleines, à condition de trouver des financements.

Le Centre hospitalier du Belvédère a de gros problèmes. En janvier 2019, l’ARS a supprimé de son budget annuel 50 000 € qui servaient à rémunérer les gardes des pédiatres. Ces gardes sont donc finalement transformées en demi-gardes et demi-astreintes. Ce qui ne plaît pas du tout aux médecins, qui veulent conserver des gardes complètes, jugeant que le système mis en place par l’ARS est dangereux pour la sécurité de la maternité et la prise en charge des mères et des nouveaux-nés, comme le rappelle le Gynerisq dans un rapport de décembre 2018.

Le directeur par intérim, M. Yves Bloch, et les pédiatres de l’établissement, prennent donc la décision de conserver un système de gardes complètes. M. Bloch, contacté par What’s Up Doc, affirme d’ailleurs avoir « pris la décision de maintenir les gardes complètes, au risque d’aggraver le déficit [financier, NDLR] de l’hôpital ». Car, en effet, le Belvédère a du mal à boucler ses budgets : il manque environ 2.5 millions d’euros dans les caisses. Il faut donc trouver des solutions pour les renflouer, ou au minimum pour se rapprocher d’un équilibre budgétaire. 

La garde prise en otage

L’ARS ne fait qu’appliquer les directives du plan régional de santé, voté en juillet 2018, sur les maternités de type 2A. En ce qui concerne les pédiatres, elles sont claires : de jour, il faut au moins un pédiatre avec de l’expérience en néonatologie, et de nuit, au moins un pédiatre en astreinte opérationnelle ou sur place. Le CH du Belvédère, qui est une maternité de niveau 2A, est aussi la plus importante maternité de Normandie. Avec 3300 naissances par an, elle n’a pas exactement le profil classique des maternités de type 2A. De plus, elle est connue pour effectuer plus d’accouchements naturels, avec moins d’actes techniques, et pâtit donc de la tarification à l’acte. 

Malheureusement, les textes de l’ARS ne prennent pas en compte l’activité de la maternité. Seuls l’équipement et les soins proposés par l’hôpital entrent en compte dans la classification, comme l’agence le reconnaît elle-même dans un échange de mail avec le syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes et réanimateurs élargi (SNPHAR-E), que WUD a pu consulter.

On y apprend également que le directeur par intérim, Yves Bloch, conçoit de maintenir les gardes en invitant « la communauté médicale à proposer une organisation permettant d’accroître l’activité sans augmenter les charges pour compenser le différentiel de financement induit par le passage d’une garde à une demi-garde/demi-astreinte ». La situation dans laquelle sont mis les pédiatres créée une ambiance tendue entre le personnel et la direction.

Qui veut sauver le Belvédère ?

Donc, pour maintenir les gardes, deux choses. La première : justifier que la garde est nécessaire. Pour cela, début juin, le directeur a envoyé aux pédiatres une demande de rapport qui résumerait l’ensemble des sollicitations qu’ils reçoivent pendant une garde de nuit. Sa position est néanmoins ambigüe : il souhaite maintenir les gardes et semble tenter de prouver qu'elles sont nécessaires, mais en parallèle, le directeur de l’établissement s’est empressé de noter auprès de WUD que « les sages-femmes sont tout à fait capables de faire une réanimation néonatale ». Le syndicat SNPHAR-E affirme de son côté que « la majorité des sages-femmes du Belvédère souhaite que le pédiatre soit sur place en permanence ».

Ensuite, il faudra que les médecins proposent une organisation lucrative pour compenser la rémunération de leur garde. Célia Levavasseur, chef du service de pédiatrie, affirme que « les pédiatres, pour s'autofinancer, ont ouvert des consultations multidisciplinaires il y a un mois pour les troubles des apprentissages, avec une orthophoniste et un psychologue ». Ce n’est pas illégal, mais peu conventionnel que les médecins doivent lutter pour travailler, et ce jusqu’à s’auto-financer.

Au milieu des grèves des urgentistes qui se multiplient nationalement, les membres du personnel soignant et médical du Belvédère tentent de faire entendre leurs revendications. Ils avaient notamment organisé une manifestation le 25 mai pour alerter de la situation qui fait peser sur leurs épaules une charge de travail excessive. Elle a été, malheureusement, très peu relayée dans la presse, perdue au milieu des revendications nationales. 

Portrait de Angela Herrmann

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