Les célébrités sont-elles bonnes pour la santé ?

2016 a commencé par une extinction massive de stars, ajoutant de la sinistrose à la morosité ambiante. Ce qui n’est pas sans de lourdes conséquences en termes de santé publique. Une question brûle l’encéphale du comité scientifique du Poubmed : les célébrités sont-elles bonnes pour la santé ?

À quoi bon arrêter le gluten, la viande, les acides gras « trans » et la sauce chinoise au glutamate si finalement l’opium du peuple se trouve en vente libre au rayon « people » du marchand de journaux ? Si, de Bercy en tournée d’adieu, la santé de notre Johnny national flirte avec la loi Leonetti, doit-on redouter le pire ? Ex-fan de « Fan 2 » et autres lecteurs émérites, lâchez Public et Closer, c’est un What’s up Doc voyeuriste qui vous révèle les dessous de ce que la science a à dire sur les stars.

Où sont les fans ?

Le Gold Standard du rapport aux stars est la Celebrity Attitude Scale (1). Échelle de Richter de l’attraction pour les célébrités, 34 items suffisent à trier les attitudes des groupies relevant du « divertissement social », rapport « personnel intense » ou « pathologique borderline » (cochez l’affirmative à « Je mourrais avec plaisir pour sauver la vie de Ma Célébrité Favorite (MCF) » pour risquer de finir dans la dernière catégorie).

Afin de prouver son statut de Die-Hard Fan, inutile de ressortir son T-shirt « Johnny Bercy 98 », ce sont les Potentiels Évoqués Visuels qui seront le juge de paix. Les fan(atique)s ont ainsi une réponse électrophysiologique plus marquée à la vue de la star de leurs rêves, s'apparentant à la réaction d’une mère voyant son enfant (2). Une belle photo de Leonardo DiCaprio en pied pourrait donc remplacer – du point de vue neurologique – celle du dernier petit bébé bavant au-dessus de la cheminée (Œdipe peut aller se rhabiller).

The Angelina Jolie effect

Quid de l’influence des stars sur la santé ? La communauté scientifique est divisée. Au rang des effets bénéfiques, le Angelina Jolie Effect. Il ne s’agit pas de l’effet que fait sur votre dernière conquête nocturne l’affiche du dernier Tomb Raider au-dessus du lit. Pour les incultes néophytes en matière de people, Angie a publié une tribune dans le New York Times en 2013 évoquant son choix de subir une double mastectomie préventive, car porteuse de la redoutable mutation BRCA1. S’en est suivi un relais médiatique plus intense que toutes les campagnes « le tabac c’est tabou » réunies. Depuis, une augmentation des connaissances sur cette mutation, sa prise en charge et les possibilités de reconstruction a été constatée, au risque même de la surreprésentation de cette anomalie génétique dans le grand public (3).

En effet, l’enfer, tout comme le Walk of Fame, est pavé de bonnes intentions. C’est ainsi également que les admirateurs de stars ont significativement plus de troubles de l’image corporelle et plus de recours à la chirurgie esthétique (1). À méditer avant d’emmener votre petite sœur au concert de Justin Bieber.

Keeping up with the Kardashian Index

Le Kardashian Index, indicateur (4) né du constat que certains chercheurs doivent davantage leur renommée à une présence médiatico-digitale intense qu’à leurs publications et travaux scientifiques, est ainsi nommé – pour les éventuels rats de bibliothèque lyophilisés depuis des années sous 500 kg de thèse – en l'honneur de Kim Kardashian : la starlette la plus médiatisée des années 10, l’idole aux 45 millions de « followers » incarnant parfaitement le paradoxe d’avoir du succès parce que célèbre, et d’être célèbre parce qu’ayant du succès. Le tout sans aucune contribution artistique formelle (notre déontologie nous oblige à signaler cependant : un ouvrage regroupant ses plus beaux selfies (5), sa sex-tape et son mariage à 5 millions de dollars avec le rappeur Kanye West). Le Kardashian Index, donc, se calcule presque aussi instinctivement qu’un bon selfie, à partir d’un rapport entre le nombre de followers réels et l’estimation de ce que celui-ci devrait être en fonction du nombre de citations de ses travaux scientifiques.

Alors, #teamkim ou #teamangie ?

Sous couvert de frivolité, si l’austère Pubmed se pose la question, c’est bien que l’obsession pour la célébrité ne laisse pas la Science – et ceux qui la font – indemnes.

Source: 

1/ Sansone R. et Al. “I’m Your Number One Fan”. Innov Clin Neurosci. 2014.
2/ Ma Q. et Al. Who Are the True Fans ? Evidence from an Event-Related Potential Study. PLoS One. 2015.
3/ Evans D.G. et Al. Longer Term Effects of the Angelina Jolie Effect : Increased Risk-Reducing Mastectomy Rates. Breast Cancer Res. 2015.
4/ Hall N. The Kardashian Index : A Measure of Discrepant Social Media Profile for Scientists. Genome Biol. 2014.?
5/ Kardashian West K., Selfish – Rizzoli, 2015

Portrait de Jean-Victor Blanc
article du WUD 25

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