Le protocole VIP existe-t-il dans les établissements ?

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Circuit d’admission, anonymisation, limitation des accès, chambre isolée, équipe restreinte, coordination direction-soignants autour des transmissions, sécurité physique… Comment un établissement, un service, se réorganise-t-il autour de patients « réputés » ? Difficile de trouver des informations précises sur le sujet du « protocole VIP ». 

Le protocole VIP existe-t-il dans les établissements ?

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Côté public, silence radio

Impossible de connaître l’existence d’un protocole national. Tous nos interlocuteurs (CHU, DGOS) ont décliné nos demandes d’interview ou n’ont tout simplement pas répondu à nos sollicitations. Tout patient, VIP ou non, a droit au respect de sa vie privée et au secret des informations le concernant. L’article L. 1110-4 du Code de la santé publique impose ce secret à tous les professionnels de santé, sauf dérogations prévues par la loi. Il sanctionne aussi l’obtention ou la tentative d’obtention illicite de ces informations d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. 

La recommandation DGOS sur l’« admission d’une personnalité » en établissement de santé prévoit, « à la demande de l’intéressé ou de son entourage, que le cadre de santé, en accord avec le corps médical, informe le directeur de l’établissement afin que soient prises les dispositions nécessaires pour préserver le caractère confidentiel de l’hospitalisation. Elle prévoit aussi, avec l’accord de la personnalité, des mesures pour tenir éloignés journalistes et curieux, éventuellement avec le concours du commissaire central de police, tout en préservant le secret médical. » 

https://www.calameo.com/whatsupdoc-lemag/read/005846154ce7a4467815b?page=1

En revanche, nous n’avons pas trouvé de protocole DGOS complet spécifique sur « la prise en charge des patients VIP », qui détaillerait l’usage de pseudonymes, la restriction informatique des dossiers, les circuits d’admission... Ces éléments relèvent peut-être de procédures locales d’établissement, sur le secret médical, le RGPD, les droits du patient et les politiques internes de confidentialité.

Côté privé, une communication plus fluide

Dans le secteur privé – à but lucratif ou pas –, le parcours patient des « personnalités » est décrit comme pensé : « Je fais en sorte que leur parcours soit fluide, résume Valérie Moulins, directrice de la communication et de l'expérience patient de l’hôpital Foch (Suresnes) et à ce titre, chargée de l’accueil des patients VIP. « Je viens les chercher pour éviter qu’ils n’attendent en salle d'attente pour une consultation et/ou avant un examen en imagerie – avec le risque qu’ils soient reconnus et que l’information parvienne à la presse ou sur les réseaux sociaux. Je facilite leur circuit administratif pour qu’ils puissent entrer directement dans leur chambre, je préviens le médecin qu’ils consultent… » 

À la clinique du sport Bordeaux-Mérignac (groupe Vivalto Santé), pas d’organisation spécifique pour ce type de patient mais des points d'attention détaillés par Cyril Dufourcq, son directeur général : « Nous évitons que le VIP n’arrive dans l’établissement lors des périodes d'affluence où il pourrait être importuné pour des signatures d’autographes alors que la priorité est son soin. Tout en tenant compte des urgences des autres patients, nous allons le faire passer au bloc à l’ouverture dès 6 h 30 – soit une arrivée matinale à la clinique pour lui éviter de croiser du monde. Il ne bénéficie pas https://www.whatsupdoc-lemag.fr/diaporama/medecins-de-vip-strass-stress-et-secret-medicalde coupe-file mais dès son entrée en ambulatoire ou hospitalisation complète, on l'accueille pour éviter qu'il ne déambule en cherchant son service ou sa chambre. » 

Une organisation en amont

Avec une activité en orthopédie hyperspécialisée par segment, la clinique du sport Bordeaux-Mérignac s’est bâti une réputation solide attirant des personnalités politiques ou autres, tels de grands sportifs nationaux ou internationaux, rugbymen ou footballeurs. « Ils représentent moins de 5 % de notre patientèle sur l'année, modère Cyril Dufourcq, mais nous leur accordons une attention particulière qui nécessite, en fonction du degré de notoriété, une organisation en amont avec parfois de multiples intervenants : l'agent du joueur, parfois les assurances, le médecin du club, le médecin de l'équipe internationale… Le chirurgien doit composer avec tous et rassurer chacun. J’aide à répondre aux différents interlocuteurs : un peu comme, face à un patient classique, nous devons convaincre la famille de telle ou telle décision – sauf que chez les sportifs de haut niveau, c'est une grande famille ! »

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/diaporama/medecins-de-vip-strass-stress-et-secret-medical

On retrouve également cette préparation à Foch, afin d’assurer la tranquillité du patient mais aussi du service : « Les personnalités qui choisissent de se faire soigner chez nous sont souvent attachées à l’hôpital pour des raisons personnelles, observe Valérie Moulins. Nous discutons de leurs souhaits au préalable : un repas amélioré, une chambre double… Mais pas de robinets en or dans la salle de bain ! Nous prévenons le personnel pour limiter l'accès au service et nous montrer vigilants quant à la venue de journalistes. Sauf si la famille souhaite médiatiser l’hospitalisation, dans ce cas c’est elle qui gère l’accès des journalistes, c’est arrivé il y a peu. Nous avons parfois des personnalités recevant des visites d’autres VIP, cela a été le cas récemment : c’est le service de sécurité du visiteur qui est intervenu, en concertation avec nous, pour savoir quel trajet emprunter en toute discrétion. De façon générale, lors d’une hospitalisation nous essayons de trouver à la personne une chambre un peu isolée pour ne pas désorganiser le service. » 

La venue de personnalité n'est pas source de tension

L’anonymat ? « Nous anonymisons les personnalités, si elles le souhaitent » mentionne Valérie Moulins. « Les mêmes procédures existent pour tous, note Cyril Dufourcq. Comme lorsque vous souhaitez vous faire opérer chez nous en total anonymat pour que des proches ne le sachent pas. Nous avons ces discussions en amont avec les agents des joueurs, en fonction notamment des feux de l’actualité. Il vaut mieux prendre quelques précautions pour opérer un patient qui vient de gagner la Ligue des champions ! Mais nous ne bloquons pas les chambres attenantes. Certains sont accompagnés d’un garde-du-corps, d’autres demandent un accès par une entrée discrète… La venue de ces personnalités – par ailleurs simples et très aimables avec les soignants et les médecins – n’est jamais source de tension. Notre objectif est de bien les soigner, ce qui fait fonctionner le bouche-à-oreille. L'hypercommunication sur la prise en charge des sportifs de haut niveau n'est pas notre credo ! »

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