Le chirurgien graffeur a les foies

Signed, sealed, delivered

Simon Bramhall, un chirurgien britannique poursuivi pour avoir gravé ses initiales sur le foie de deux de ses patients pendant une transplantation hépatique, a reconnu les faits. Il attend le jugement sur son oeuvre, prévu pour le 12 janvier prochain.

Allez… Avouez-le, vous, chirurgiens… L’idée vous est sûrement passée par la tête un jour ou l’autre. Un beau foie, bien lisse, une belle opération réalisée avec brio. Un chef-d’oeuvre médical, peut-être. L’envie de laisser son empreinte, la perspective d’une sorte de capsule temporelle biologique, qui guident une petite voix maléfique susurrant à l’oreille de faire la bêtise.

Simon Bramhall l’a écoutée. Deux fois, au minimum. Ce chirurgien britannique renommé de 53 ans, spécialiste du foie, de la rate et du pancréas, a signé ses oeuvres. Il l’a avoué cette semaine lors de son audience au tribunal de Birmingham (Royaume-Uni). Il attend désormais son jugement, prévu pour le 12 janvier prochain. En attendant, il reste libre.

Preuves irréfutables

Les faits jugés remontent à 2013. Le Dr Bramhall, que nous appellerons désormais S.B., a reconnu avoir paraphé deux de ses patients, opérés au Queen Elizabeth hospital les 9 février et 21 août. Les délits auraient dû passer inaperçus. Seulement, l’un de ses confrères est passé derrière lui quelques temps plus tard, et a remarqué cette étrange signature sur un foie transplanté.

Il y aurait inscrit ses initiales à l’aide d’un jet d’argon, en principe utilisé pour stopper les hémorragies lors d’opérations. Alors, certes, l’acte n’a pas mis en jeu la survie et la guérison des patients, mais sa découverte n’a pas plu. Et il n’a pas été bien difficile de retrouver le fautif…

Suspendu dans un premier temps par l’hôpital, S.B. a fini par démissionner, un an après la découverte du graffiti. Trois ans plus tard, Tony Badenoch, le procureur chargé de l’affaire, a dû se demander sur quels motifs il pouvait le faire condamner, devant le caractère inédit des poursuites. C’est « hors du commun et complexe, sans précédent dans le droit pénal », a-t-il déclaré. S.B. l’a sans doute un peu aidé, en plaidant coupable pour des accusations de coups et blessures, mais non-coupable pour toutes les charges plus sérieuses.

Une signature moins satisfaisante

Le chirurgien s’était fait connaître en 2010, en transplantant un foie prélevé miraculeusement sur la victime d’un crash d’avion. La renommée lui est sans doute montée à la tête. Tel Picasso – ou Zorro –, il a voulu laisser sa trace. Mais S.B. s’est fait choper. Il sera certainement condamné, avec une peine relativement légère. Peut-être seulement un chèque à signer.

Les faits laissent à penser, devant le sérieux apparent de ce médecin, que d’autres foufous auraient pu, eux aussi, passer à l’acte. Les organes de patients d’autres chirurgiens portent sûrement des marques de fabrique, cachées, bien au chaud... Et signées à la pointe du bistouri à coagulation par plasma d’argon.

J.H.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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