La raison des femmes - Critique de « La maison des femmes » de Mélissa Godet

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La Maison des Femmes est une structure associative adossée à un établissement hospitalier et dirigée par Diane Khoury, gynécologue spécialisée dans la réparation des conséquences physiques des excisions. Alors que la pérennité de cette structure accueillant et accompagnant les femmes victimes de violences est remise en question par les pouvoirs publics qui la subventionnent, et que les demandes de prise en charge affluent, Diane et ses collègues vont devoir démontrer l’utilité de leur action…

La raison des femmes - Critique de « La maison des femmes » de Mélissa Godet

© Une fille productions - Pathé Films - Chapter 2 productions - France 2 Cinéma

Un film d’un équilibre rare, transcendé par son sujet grâce à l’importance qu’il accorde et la place qu’il laisse à la parole et aux récits. 

La Maison des Femmes est un film social qui a pour avantage de faire suite à beaucoup d'autres, et d'avoir ainsi permis à sa réalisatrice de retenir le meilleur de ses prédécesseurs. Le point de départ rappelle celui de Hors Normes, dans lequel une structure associative se retrouvait en difficulté financière et sous le coup d'une inspection administrative. Le film tournait court tant, par certains aspects, la mise en avant des deux personnages principaux, sorte de duo comique « signature » et recyclé des réalisateurs, occultait des problématiques essentielles et surtout les personnes autistes elles-mêmes. L'ambition de Mélissa Godet est pour le coup clairement pédagogique, dans une visée de faire connaître plus que de célébrer. Ici, nul n'est héroïsé, et même si Karin Viard fait du pur Karin Viard, son rôle comme son personnage - inspiré par la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem - ne sont jamais écrasants, créant des espaces de respiration bienvenus. De même, les représentants des pouvoirs publics, s'ils conservent leur ressort comique et facilement défoulant, n'entraînent pas pour autant le film sur la pente de la démagogie réductrice, rappelant que l'action politique, à cet endroit, est entravée beaucoup plus par la difficulté de structurer et coordonner les efforts que par une négligence volontairement orchestrée.

La force du collectif

C'est d'ailleurs la dimension groupale du film qui est intéressante, tant elle est à la fois réussie en tant que telle - on songe par moments à Polisse, dans lequel Karin Viard s'était déjà investie, et avec la même fougue - mais aussi dans ce mélange, si dur à retranscrire au sein de ce genre cinématographique mi fictionnel mi documentaire, entre professionnelles et patientes. Les intrigues périphériques, servant trop souvent de simple liant voire d'alibi malingre au cœur du sujet - le fonctionnement du service, la sensibilisation aux problèmes pris en charge - quand elles ne sont pas inexistantes - comme dans le récent Jeunes mères - sont ici plutôt pertinentes. Elles permettent même d'éclairer différemment, avec un degré de perception complémentaire, les différentes situations dénoncées : si l'histoire de la sage-femme interprétée par Laetitia Dosch permet de distinguer les difficultés de couple classiques des violences conjugales, le parcours de la jeune interne, à laquelle Ouleya Amamra - rappelant par moments Anouk Grinberg à ses débuts - prête un jeu légèrement en dessous et enfiévré, rappelle à quel point ce phénomène touche toutes les familles. 

« Toutes sont bouleversantes, leur parole si nécessaire, si claire, leur non verbal si riche, leurs émotions, dans toute leur gamme, marquées au sceau, souvent au fer, de l'authentique »

Mais, surtout, le film offre une place presque inédite, quoique déjà perçue dans l'ample et beau Muganga sorti l'an dernier, aux premières concernées : les femmes victimes de violences. Nul n'est besoin d'aller vérifier qui, parmi leurs interprètes, est actrice professionnelle, qui joue, peut-être, son propre rôle. Toutes sont bouleversantes, leur parole si nécessaire, si claire, leur non verbal si riche, leurs émotions, dans toute leur gamme, marquées au sceau, souvent au fer, de l'authentique... Aïssatou, Coumba, Catherine, deviennent ainsi plus que des prénoms sur une pancarte, des cas particuliers, des trajectoires parmi tant d'autres. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/violences-conjugales-les-soignants-sont-ils-desormais-au-rendez-vous

La violence, sous nos yeux, prend chair, dans la diversité de son horreur, dont l'apparente banalité que l'on se prend à constater parfois n'est pas des moindres. Mélissa Godet ainsi que toutes ses comédiennes ont offert à cette Maison des Femmes, et à la cause qu'elle embrasse, un écrin qualitatif comme cela a rarement été. Remercions-les pour cela.

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