La R3C va-t-elle modifier les carrières ?

Avec la R3C, l’écosystème des carrières médicales pourrait être impacté. Le comité national de pilotage de la réforme veut mettre au point un système souple.

La R3C : gros changement ou pas ? Pour de nombreux internes, la réforme n’induit pas de transformation significative. L’organisation de l’internat est certes modifiée, mais le choix de spécialité survient toujours au même moment. En revanche, pour certaines spécialités (notamment chirurgicales), la R3C implique de faire un choix plus tôt. Elle élimine également les DESC (diplôme d’études spécialisées complémentaires), et donc les doubles spécialités, au profit d’une surspécialisation dispensée par les FST ou les options. Alors, dans quelle mesure est-elle de nature à influer sur les carrières médicales ?

Etant donné le manque de recul, difficile, à ce jour, de répondre à cette question. Mais les internes ont pris les devants, comme l’explique Jean-Baptiste Bonnet, président de l’ISNI (InterSyndicale Nationale des Internes). « Nous avons demandé au comité national qui pilote la réforme de faire une analyse sur le droit au remord. Nous souhaitons savoir, par exemple, si la filiarisation de la chirurgie a induit un recours accru à ce droit. A noter que le droit au remord n’est pas une mauvaise chose ! » A travers cette démarche, il s’agit ainsi de comprendre, justement, comment la R3C impacte les choix de vie des internes.

« Penser les passerelles »

Concernant les doubles spécialités, une attention particulière doit être portée afin d’éviter de plonger les internes dans des situations complexes et sans issue. Comme le note l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) dans son rapport qui a sous-tendu l’architecture de la réforme, « la question des évolutions de l’exercice professionnel et du passage d’une spécialité à une autre au long de la carrière nécessite de penser les passerelles et les possibilités d’évolution ». La question se pose, typiquement, pour la médecine d’urgence.

Le décret du 12 avril 2017 prévoit, à compter du 1er janvier 2021, l’accès en formation continue à l’université des médecins en exercice, avec une opportunité de préparer une option ou une FST, et même d’obtenir un deuxième DES - et ainsi, de changer de qualification. Mais les modalités précises pour accéder à ces formations n’ont pas été précisées ; c’est pourquoi le Conseil de l’Ordre des Médecins se montre encore très réservé sur la question.

« Tuyau d’orgue »

« Il faut effectivement que le mécanisme soit accessible. Pas sûr que les médecins veuillent garder la même spécialité toute leur vie. Dans ce cas, pour en changer, il ne faut pas qu’ils redeviennent internes pendant quatre ans à 50 ans ! En surfiliarisant, on a renforcé le côté tuyau d’orgue… », souligne Jean-Baptiste Bonnet.

Pour autant, changer de spécialité n’induit pas forcément de refaire un DES. Les FST et options sont ouvertes à plusieurs filières DES et les DES permettent plusieurs FST et options. Au niveau national, les discussions sont en cours ; le comité de pilotage de la R3C est au fait de cette nécessité de rendre les parcours flexibles, de créer des passerelles et de ne pas laisser les médecins enclavés dans une spécialité unique. A suivre !

Portrait de La rédaction

Vous aimerez aussi

Accord avec l’ARS Normandie
Pr Emmanuel Abord de Chatillon, Université Grenoble Alpes et Pre Nathalie Commeiras, Université de Montpellier
L’hôpital Saint-Antoine vient de signer un protocole d’accord pour sortir de la grève, après 11 mois de mobilisation. Mais ce n’est pas pour autant...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.