La France championne d’Europe de la recherche clinique

Alors, c’est qui les plus forts ?

Le premier baromètre de l’Association française de recherche clinique sous contrat place la France en tête des nations européennes sur le nombre d’essais cliniques. Environ 18 000 ont été recensés en 2017. Et ce, malgré le retrait progressif des industriels.

Merci aux acteurs de la recherche clinique française qui, après un intense combat, parviennent aujourd’hui à faire oublier la désillusion des handballeurs français à l’Euro, en ce début d’année. Ils ont, eux, décroché le titre européen : la France est le pays qui pratique le plus d’essais cliniques.

Le baromètre de l’Association française de recherche clinique sous contrat (AFCROs) la place en effet en première position, avec 18 000 essais recensés sur la base de données ClinicalTrials.gov (1), devant nos meilleurs ennemis allemands, qui en comptabilisent 16 000, et les rivaux britanniques (14 000).

Merri Christmas

Les États-Unis s’accaparent près de la moitié de la base de données, avec plus de 100 000 études. Mais l’analyse de l’AFCROs révèle que la France est très active sur le secteur de la recherche clinique. Plus de 6 000 études ont ainsi été initiées entre 2014 et 2016.

Sur les 18 000, les trois quarts sont des études interventionnelles, dont le nombre augmente (+ 16,8 % en 2015, + 22 % en 2016). Les observationnelles progressent encore plus rapidement : leur nombre a triplé entre 2015 et 2016.

« L’accès aux crédits Merri (Missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation) impose dorénavant l’inscription des études sur la base de données des essais cliniques clinicaltrials.gov », explique Denis Comet, dans un communiqué de l’AFCROs, dont il est le président. « Cette obligation a induit un rattrapage massif des projets à promotion académique entre 2015 et 2016, qui a permis de régulariser des projets existants qui n’étaient pas déclarés ».

La part industrielle recule

Autre enseignement du baromètre : la part des labos dans la recherche clinique diminue. Le nombre d’études à promotion industrielle était ainsi en baisse de 16 % en 2016, et elle ne représentait plus qu’un quart des études interventionnelles la même année, contre près de la moitié en 2014.

L’industrie souffre de la hausse de l’implication académique, mais aussi de l’évolution des traitements. « Les protocoles, en particulier en oncologie, utilisent fréquemment des combinaisons thérapeutiques. Juridiquement parlant, il est donc plus simple que l’étude soit réalisée par un "tiers" promoteur, et non par un industriel qui devrait prendre la direction et les responsabilités d’un protocole multi-produits », précise Denis Comet.

Peut mieux faire ?

En décembre dernier, Édouard Philippe demandait aux coordinateurs du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) d’« améliorer la performance administrative et économique du système pour reprendre une position de leader européen ». La position semble être assurée et la santé du secteur bonne, à la lecture des résultats de l’AFCROs.

L’association était pourtant elle-même signataire d’un courrier adressé à Agnès Buzyn il y a moins de deux mois, appelant à « lutter contre la délocalisation des essais cliniques ». Aux côté de France Biotech, de l’Institut Gustave-Roussy, du département d’innovation thérapeutique et essais précoces (Ditep) et de l'association des professionnels du développement précoce des médicaments (Club Phase I), elle évoquait notamment le frein que représentent les délais. Les comités de protection des personnes (CPP), l’ANSM et la Commission nationale des recherches impliquant la personne humaine (CNRIPH) manquent, d’après eux, de moyens. Et, comme le Leem (Les entreprises du médicament) quelques mois plus tôt, la lourdeur des délais réglementaires était pointée du doigt.

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(1) ClinicalTrials.gov est la base de données des Instituts américains de la santé (NIH), qui organisent la recherche médicale aux États-Unis. Elle est l’aboutissement du combat de la communauté gay américaine, dans les années 80 et 90, pour que soient rendus publics les résultats d’essais sur les médicaments destinés à traiter les infections par VIH, dans une période où les traitements étaient presque inexistants. Aujourd’hui, ClinicalTrials recense plus de 250 000 études cliniques de 195 pays, dont les plus anciennes remontent à septembre 1999.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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