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Interdit d'exercer depuis sa mise en cause, ce praticien installé à La Réole est poursuivi pour « prescription non conforme d'un médicament classé comme stupéfiant », « aide au mésusage ou à l'abus de médicament », « mise en danger d'autrui » et « escroquerie au préjudice des caisses d'assurance maladie ».
L'enquête débute en 2023 quand la gendarmerie locale est informée qu'un couple se vante de se procurer facilement un spray nasal de fentanyl, antidouleur opioïde 100 fois plus puissant que la morphine et extrêmement addictif, au moins cinquante fois plus que l'héroïne.
Le généraliste prescrivait à ce couple, ainsi qu'à d'autres patients sans pathologie cancéreuse, des doses jusqu'à cinq fois supérieures à la maximale quotidienne autorisée, et ce sans le mentionner sur ses ordonnances, ce qui a entraîné le remboursement indu des flacons.
Un mode de vie surprenant
Parmi les ordonnances délivrées par le médecin entre 2022 et 2024, la prescription de ce produit arrive en deuxième position, en nombre de boîtes prescrites, derrière le paracétamol. Mais le prix n'est pas le même : le préjudice pour l'assurance maladie est estimé à plus de 815 000 euros.
Le praticien a-t-il alimenté, par ses pratiques, un trafic de stupéfiants ? Les enquêteurs l'ont envisagé mais leurs investigations n'ont rien établi de tel, ni d'enrichissement personnel du prévenu, au mode de vie et aux pratiques professionnelles des plus singulières cependant.
Il commençait ses journées de travail en début d'après-midi et multipliait les visites, parfois jusqu'à 3-4 heures du matin, avant de finir la nuit à son cabinet ou dans son véhicule, pointent les gendarmes.
À La Réole, commune de 4 500 habitants, le mis en cause délivrait aussi avec largesse bons de transport - 34 fois plus que ses confrères dans le secteur - et arrêts de travail, accordant six fois plus d'indemnités journalières que la moyenne à une patientèle parfois éloignée de la commune, voire séjournant à l'étranger.
« Bien qu'aujourd'hui, en France, la consommation des opioïdes et ses conséquences sanitaires n'atteignent pas le niveau des États-Unis ou de l'Angleterre, elle est cependant en augmentation », notait la Haute Autorité de santé en 2022 dans ses recommandations aux médecins pour éviter une « banalisation » des prescriptions.
Avec AFP
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