Études de médecine : les tutorats ont gagné la bataille de l'utilité, pas encore celle de la reconnaissance

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La première année de santé a changé de nom, multiplié les voies d'accès, remanié ses règles. Son ADN, lui, est intact : sélection massive, pression psychologique élevée, angoisse familiale suffisamment puissante pour alimenter tout un marché de l'accompagnement privé. Face à ce marché, les tutorats santé ne sont plus une solution de repli militante. Ils sont devenus, dans les faits, le principal dispositif d'accompagnement à l'entrée dans les études de santé.

Études de médecine : les tutorats ont gagné la bataille de l'utilité, pas encore celle de la reconnaissance

© Midjourney x What's up Doc

C'est ce que documente le rapport Tutorat 2026, premier état des lieux national des Tutorats d'entrée dans les études de santé (TEES), publié par les fédérations étudiantes des filières MMOPK. Les chiffres sont sans ambiguïté : 92,59 % des étudiants inscrits en deuxième année déclaraient avoir bénéficié des tutorats. En amont, le dispositif a accompagné 88,65 % des étudiants en PASS, 76,18 % en LAS et 87,73 % en LSPS. Ce qui relevait du compagnonnage étudiant est devenu, structurellement, un outil quasi universel de préparation aux concours de santé.

382 fois moins cher que le privé

La comparaison économique est brutale. Le coût moyen d'un tutorat s'élève à 12,29 euros — et 54 % d'entre eux sont entièrement gratuits. Une prépa privée coûte en moyenne 4 700 euros, soit un tarif 382 fois supérieur. L'écart est encore plus marqué selon les filières : en PASS, 16 euros contre 5 671 euros ; en LAS, 11 euros contre 3 548 euros ; en LSPS, 5 euros contre 6 523 euros.

Le sujet dépasse le portefeuille des familles. Il touche directement à la sociologie future des professions de santé. Si l'accès aux ressources d'accompagnement dépend de la capacité à débourser plusieurs milliers d'euros, la première année cesse d'être un filtre académique pour devenir, d'abord, un filtre social. Les médecins qui ont traversé ce système le savent : ce qui se joue en PASS ou en LAS, c'est déjà, pour partie, une affaire de capital culturel, informationnel, financier.

Une précision s'impose : le rapport ne démontre pas que les tutorats produisent de meilleurs résultats que les prépas privées à profil comparable. Les deux peuvent se cumuler. Ce qu'il documente solidement, c'est la structuration, la massification et la validation pédagogique d'un dispositif qui n'a plus rien d'informel.

Une armée étudiante encadrée par les enseignants

La force des tutorats ne tient pas qu'au prix. Elle tient à leur ancrage universitaire. Placés sous la responsabilité pédagogique du corps enseignant, ils constituent le seul dispositif d'accompagnement organisé et soutenu par les enseignants qui dirigent la première année, ce que ne peut revendiquer aucune prépa privée.

Le dispositif repose sur une mobilisation étudiante considérable. À la rentrée 2025, chaque tutorat mobilisait en moyenne 138 tuteurs, dont 103 pour le PASS, 68 pour la LAS, 67 pour la LSPS. Le parrainage, proposé par 100 % des tutorats, rassemble en moyenne 198 parrains et marraines par structure et 71,9 % des étudiants y ont recours.

L'offre pédagogique est désormais très complète. 94,5 % des tutorats proposent une pré-rentrée (45 heures en moyenne), quasi gratuite dans près de 70 % des cas, centrée sur la remise à niveau scientifique, l'introduction aux enseignements et le travail méthodologique. Pendant l'année, 97,3 % organisent des colles, au moins deux fois par semaine pour les PASS dans plus de la moitié des structures. Les examens blancs sont universels : 100 % des tutorats en proposent, trois en moyenne par an, avec classement dans 89 % des cas, dans les locaux de la faculté, avec les conditions réelles des épreuves.

Les oraux blancs, devenus stratégiques depuis la réforme, sont proposés par 89,2 % des tutorats. Près de 70 % des étudiants admis au second groupe d'épreuves y participent, signe que la préparation à l'oral est désormais perçue comme aussi déterminante que la préparation écrite.

Le paradoxe universitaire

C'est là que le rapport prend une tournure plus politique. Les tutorats sont reconnus, massivement utilisés, pédagogiquement validés. Mais leur fonctionnement reste tributaire d'une coopération locale variable, et parfois freinée par les établissements eux-mêmes.

Certains tutorats ne sont pas autorisés à retranscrire les cours, au motif que les supports écrits décourageraient la présence en amphithéâtre. L'accès aux annales n'est pas toujours garanti. Les grilles d'évaluation et sujets d'oraux blancs ne sont pas systématiquement communicables. Des tutorats se voient même refuser l'organisation d'oraux blancs complets. L'effet est prévisible : là où le tutorat est contraint, le privé occupe l'espace. Ceux qui peuvent payer trouvent une alternative ; les autres dépendent d'un dispositif que leur propre faculté entrave.

La situation est encore plus tendue sur les sites délocalisés. Le rapport recense plus d'une cinquantaine d'antennes éloignées de plus de 100 kilomètres du site principal, où les enseignements sont majoritairement dispensés à distance. Dans ces contextes, les tutorats jouent un rôle de premier plan pour recréer du présentiel, du lien et de la méthode. Mais cela représente une charge financière lourde pour des structures dont les moyens restent fragiles.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/97-des-tutorats-ont-recu-leur-agrement-pour-leur-efficacite-aupres-des-etudiants-de

2027 : une réforme qui doit trancher

Une nouvelle réforme de l'entrée dans les études de santé est annoncée pour la rentrée 2027, avec la création d'une voie unique d'accès aux filières MMOPK. Dans ce paysage qui n'en finit pas de se transformer depuis la suppression de la PACES et du numerus clausus, les tutorats constituent l'un des rares éléments de continuité. Ils traduisent les règles locales, préparent aux examens, orientent, soutiennent, rassurent, et ils le font à un coût que les familles peuvent supporter.

Mais leur reconnaissance reste incomplète, et leur pérennité, fragile. La conclusion du rapport est moins un plaidoyer étudiant qu'un avertissement adressé aux universités : un dispositif devenu central dans l'égalité des chances ne peut continuer à reposer sur le quasi-bénévolat étudiant et des moyens inégaux selon les facultés. Les fédérations demandent un soutien renforcé, financier, matériel, institutionnel, et une collaboration plus étroite avec les UFR.

Pour les médecins qui recrutent leurs futurs confrères, la question est directe : si la sélection académique se double d'une sélection par l'argent, ce sont les conditions sociales d'entrée dans la profession qui changent. Les tutorats ont démontré leur utilité. Reste à savoir si les universités sont prêtes à les traiter comme un vrai levier de politique publique, et non comme une rustine associative commode.

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