Données de santé à l'hôpital : et si le modèle data-centré changeait enfin le quotidien des médecins ?

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Les médecins jonglent chaque jour entre le dossier patient informatisé (DPI), les logiciels de laboratoire, d'imagerie, de prescription ou encore les applications propres à chaque spécialité. Si ces outils répondent chacun à un besoin précis, ils fonctionnent encore largement en silos. Résultat : les données d'un même patient restent dispersées, les informations sont parfois difficiles à retrouver et le parcours de soins demeure fragmenté.

Données de santé à l'hôpital : et si le modèle data-centré changeait enfin le quotidien des médecins ?

© Midjourney x What's up Doc

Pour Olivier Barets, Directeur général adjoint Marketing stratégique Communication & Partenariats de La Poste Santé & Autonomie, le défi n'est donc plus de multiplier les logiciels, mais de repenser l'architecture des systèmes d'information hospitaliers. Son ambition est de faire évoluer ces derniers vers une approche « data-centrée », dans laquelle les applications ne possèdent plus chacune leur propre base de données, mais s'appuient sur une donnée patient unique, structurée et partagée au service de la prise en charge des patients.

Quand l'interopérabilité atteint ses limites

Depuis plusieurs années, le principe d’interopérabilité occupe une place importante dans les discussions autour du partage des données de santé. Les établissements ont massivement investi dans des interfaces permettant aux logiciels de communiquer entre eux. Mais pour Olivier Barets, cette logique montre aujourd'hui ses limites : « Le niveau d'information qui est échangé reste très faible. On a beaucoup de mal à visualiser une complétude des informations médicales autour d'un patient. »

Pour les médecins, le constat est quotidien : les données d'un même patient sont éparpillées entre plusieurs logiciels et reconstituer l'histoire clinique implique de naviguer entre les applications, avec une perte de temps et le risque de passer à côté d'une information utile.

Changer de logique : l’approche data-centrée 

Plutôt que de chercher à connecter toujours plus de logiciels, La Poste Santé & Autonomie défend un changement de paradigme : placer la donnée au centre. Concrètement, il ne s'agit pas de remplacer les logiciels existants ; plutôt que chaque logiciel possède sa propre base de données et n'échange que ponctuellement quelques informations avec les autres, toutes les applications s'appuient sur une même donnée patient, structurée selon des standards ouverts.

Olivier Barets explique : « L'approche data-centrée inverse complètement la logique actuelle. Tous les logiciels vont s'appuyer sur la même donnée autour du patient. Que le patient soit pris en charge à l'hôpital, en ville ou dans un autre établissement, c'est la même donnée qui évolue. Cette approche, déjà engagée dans plusieurs pays européens et en Amérique du Nord, repose notamment sur les standards internationaux openEHR et FHIR, qui facilitent le partage des informations sans dépendre d'un éditeur unique. »

C'est ce dernier point qui change la donne pour la continuité des soins : une donnée qui évolue avec le patient, qu'il passe des urgences à un service d’aval, de l'hôpital vers la ville ou vers un autre établissement, plutôt qu'une donnée qui reste prisonnière dans le logiciel où elle a été créée. 

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Pour le médecin, qu'est-ce que cela change ?

Premier principe : ne rien ajouter à la charge de travail des soignants. L'objectif n'est pas de demander aux médecins de saisir davantage de données, ni de bouleverser leurs habitudes. « Le médecin continuera d'utiliser ses logiciels sans lui ajouter aucune charge de travail, mais les données pourront être restituées différemment. Ainsi, un hôpital pourra très rapidement développer une vue clinique du patient avec l'ensemble des informations consolidées issues du dossier patient informatisé (DPI), du laboratoire, de l'imagerie ou encore des consultations spécialisées », précise Olivier Barets.

Le second effet de cette architecture data-centrée est peut-être le plus structurant : une fois les données consolidées, elles deviennent une matière première que les équipes médicales peuvent elles-mêmes exploiter. Visualisation du parcours patient, outils d'aide à la décision, applications s'appuyant sur l'intelligence artificielle : le champ des possibles s'élargit, sans dépendre à chaque fois des cycles de développement des éditeurs de logiciels métiers. Olivier Barets se réjouit : « Le potentiel d'usage, lorsqu'on a consolidé les données autour d'un patient, est quasiment infini. Aujourd'hui, certains praticiens souhaiteraient déjà développer leurs propres applications, mais se heurtent au manque d'accès aux données hospitalières. Avec une approche data-centrée, ils pourront concevoir des outils adaptés à leurs usages, sans dépendre des évolutions parfois longues des logiciels métiers. On pourrait presque dire que les médecins reprennent le pouvoir. »

Un premier cas d'usage aux Hospices civils de Lyon

Pour passer de la théorie à la pratique, La Poste Santé & Autonomie s'appuie sur un partenariat avec l'entreprise allemande vitagroup, spécialisée dans les architectures data-centrées. Celle-ci fournit la plateforme logicielle, tandis que l'hébergement et la sécurisation des données restent assurés par les infrastructures souveraines de La Poste Santé & Autonomie.

Un premier cas d'usage est en cours de déploiement avec les Hospices civils de Lyon. L'objectif : construire une « ligne de vie » du patient, alimentée automatiquement par les différentes applications hospitalières, pour offrir aux équipes soignantes une vision continue et chronologique du parcours de soins — des urgences à la sortie d'hospitalisation, et au-delà si les données de ville viennent à s'y raccorder. Une manière très concrète de remplacer le millefeuille applicatif par un fil conducteur unique autour du patient.

- Un modèle expliqué en partenariat avec La Poste Santé & Autonomie.
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