Docu' sur Arte : Dans le ventre malade de l'hôpital

Burn-out à tous les étages à Saint-Louis (Paris)

Hier soir sur Arte était diffusé un reportage consacré à une souffrance de plus en plus récurrente, ou du moins de plus en plus exprimée, parmi nos confrères médicaux et paramédicaux: le burn-out. L'Hôpital Saint-Louis (Paris) soumis à une gestion financière apparaît au bord de l'implosion. 

Première remarque, le titre du reportage semble avoir été modifié lors de son passage à l'écran. Longtemps présenté sous le titre de « Burning out », il n'en a conservé que le sous-titre, « Dans le ventre de l'hôpital ». Etrange puisqu'il s'agit justement de décrire minutieusement « comment on peut tomber malade de soigner des malades ».

Peut-être ce titre anatomique est-il là pour souligner la volonté du réalisateur de décrire l'hôpital comme un organisme vivant, fait de cellules qui interagissent, mais aussi capable de digestion voire de destruction des motivations, de la bienveillance, ou du plaisir à exercer...

Dans l'intimité d'un bloc opératoire 

Cet organisme, ce lieu, très circonscrit au final (un bloc opératoire), le réalisateur belge Jérôme Le Maire l'a investi patiemment, s'intégrant aux équipes, mais choisissant, à l'évidence, d'accompagner un nombre assez restreint de membres du personnel. Ceci, ajouté à l'absence parfois gênante de sous-texte, expose au risque de raccourci voire de généralisation : ainsi, il n'est pas évident qu'une violente altercation entre un chirurgien et une infirmière au sortir d'une salle d'opération soit la résultante d'une souffrance liée aux conditions de travail (avec tout le respect que l'on doit à nos confrères chirurgiens, l'agressivité voire le mépris pour certains membres du personnel ne date pas du toyotisme à la mode AP-HP).

Il n'empêche... dès que Jérôme Le Maire s'attarde sur le vrai cœur de la problématique, il fait mouche. Sa caméra capte de façon évidente l'incommunicabilité coupable, non pas entre différents membres du personnel qui souffrent et cherchent à protéger leur pré carré pour « tenir bon », mais entre le monde du soin et l'administration qui le régit. Ce n'est pas le changement de pouvoir, évoqué par l'un des chirurgiens, qui pose problème, mais bien un changement de paradigme non remis en cause, ou non assumé, par la direction administrative. 

Le soin se limite à la performance 

Les deux réunions assez hallucinantes de l'annonce de la mise en place d'un audit puis de son compte-rendu illustrent à elles seules l'ampleur de la menace progressive que chacun, à différentes échelles, vit ou ressent : celle d'un fonctionnement où le soin se limite à la performance et à l'économie de coût.

Car, face à des exigences externes de plus en plus élevées et des injonctions paradoxales de plus en plus fréquentes, il ne faut pas s'attendre à ce que des professions qui vivent par et pour le service rendu à l'autre flanchent ou désarment. Ainsi, ceux qui choisissent de garder la valeur et le sens de leur travail, de ne pas abdiquer, de ne pas partir, de ne pas mourir... pourraient bien ne connaître d'autre destinée que ce fameux « épuisement ».

Pour retrouvez le documentaire en replay sur le site d'Arte, cliquez ici. 

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de La rédaction

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