#DocteurGreen – La médecine réchauffée : exercer à l’heure du changement climatique

Rencontre avec le Pr Jean-Francois Toussaint

Le climat change, et avec lui, les maladies. A quoi ressemblera l’exercice de la médecine dans une planète réchauffée ? Réponse avec le Pr Jean-François Toussaint, président du groupe « adaptation et prospective » au Haut Conseil de la Santé Publique, qui a dirigé un rapport sur le sujet.


What’s Up Doc : Comment l’épidémiologie va-t-elle être modifiée par le changement climatique ?

Pr Jean-François Toussaint : On le souligne rarement, mais le réchauffement climatique pourrait avoir transitoirement quelques effets bénéfiques. La mortalité hivernale pourrait, par exemple, être plus faible. Mais les effets négatifs seront rapidement plus nombreux. Comme en 2003, chaque canicule entrainera son lot de coups de chaleurs et de déshydratations aiguës. Il faut également s’attendre à l’émergence de maladies nouvelles, liées à des transferts de vecteurs. Ainsi, le moustique tigre remonte vers le Nord au rythme de 2 départements par an et peut transmettre les virus de la dengue et du chikungunya, présents de façon autochtone en France depuis 5 ans. En 40 ans, le nombre de pays déclarant des cas de dengue est passé de 9 à 170. Cette épidémie mondiale est un précurseur : les médecins, de Perpignan à Nice, le savent déjà. Bientôt ce sera le tour de nos confrères de Paris et de Dunkerque.

 WUD : Y aura-t-il des effets indirects ?

Pr J.-F.T. : Oui. Ces effets seront les plus importants et créeront surtout des désordres de type socio-économique. On le voit actuellement avec le problème des migrations en Europe. Celui-ci est en partie la conséquence des printemps arabes et de leurs développements syriens, eux-mêmes résultant indirectement des émeutes de la faim de 2008et des sécheresses des années 2000.

WUD : Comment les médecins peuvent-ils se préparer ?

Pr J.-F.T. : Pour comprendre, il ne faut pas hésiter à observer le pire. Les médecins le savent, qui envisagent toujours le risque ultime, le décès. Il faut avoir le même raisonnement et imaginer toutes les options, y compris celle de l’extinction de l’espèce, pour concevoir des solutions adéquates. Il faut appréhender les effets et les interactions pour éviter qu’ils ne s’enclenchent. L’idée d’une écologie de la santé doit être intégrée à tous les niveaux de formation.

WUD : Et pour ce qui est de l’exercice au quotidien ?

Pr J.-F.T. : De nouvelles questions vont se poser : quelle déclaration dois-je faire pour ce patient qui présente un syndrome grippal atypique, ne s’agit-il pas du premier cas d’une maladie nouvelle dans mon département, comment faire alors pour éviter les résistances précoces aux traitements, etc. Par ailleurs, les médecins peuvent aussi recommander. Puisqu’il faut renoncer à 80% des énergies fossiles connues, nous-mêmes et nos patients pourrions, chaque fois que possible, utiliser notre vélo et pas notre voiture. C’est facile pour la plupart des trajets urbains (de moins de 10km, soit moins de 40 minutes). Nous pourrions alors diminuer considérablement les prescriptions de certains anti-hypertenseurs ou d’anti-diabétiques, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Les médecins néerlandais rédigent ce type de conseils pour leurs patients et génèrent ainsi des co-bénéfices importants : impacts sanitaires individuels et collectifs, associés à des effets positifs sociaux et environnementaux.

Source: 

Adrien Renaud

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