#DocteurGreen – « 100 tonnes de déchets à incinérer tous les jours à l’hôpital, c’est monstrueux »

Rencontre avec Olivier Toma, président du C2DS

La COP21 vient d’ouvrir ses portes, et les diplomates triment pour trouver une solution au réchauffement climatique. Mais les médecins aussi peuvent faire quelque chose pour la planète. C’est en tout cas l’avis d’Olivier Toma, ancien directeur de clinique et avocat infatigable de la prise en compte des questions environnementales dans le secteur de la santé.

 

« Je peux constater, en étant dans des établissements tous les jours, que la sensibilité des médecins aux questions environnementales est proche de zéro ». Olivier Toma, président du Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS), fait tout pour éveiller les consciences, mais il trouve peu de répondant chez les soignants.

« La culture dans le monde de la santé, c’est le jetable à usage unique », déplore cet ancien directeur d’établissement. « Un hôpital, en moyenne, c’est 100 tonnes de déchets à incinérer tous les jours, c’est monstrueux ». Ce chiffre devrait résonner comme un appel à l’action, mais Olivier Toma constate plutôt le contraire : « La consommation énergétique dans un hôpital, la prescription de produits ou de dispositifs médicaux en tenant compte du facteur environnemental, tout le monde s’en fout ».

Ce militant peine à trouver des  médecins conférenciers qui maîtrisent la question écologique, mais il refuse d’accabler les praticiens. « Ils ne sont pas formés à cette problématique », regrette-t-il. « Le problème de fond, c’est l’inadaptation des formations initiales. Nous faisons des sessions sur ces sujets, mais le médecin qui voudrait les suivre ne sait pas où nous trouver ».

« Les médecins doivent devenir les experts du changement climatique »

Et pourtant, la communauté médicale aurait d’après Olivier Toma tout intérêt à se saisir de la problématique environnementale. Les médecins seront en effet selon lui aux premières loges pour gérer les effets du changement climatique sur la santé humaine : « Aujourd’hui, si on continue à consommer autant d’énergie fossile, il y aura des problèmes de santé publique. On assiste déjà à une explosion des allergies respiratoires ou des maladies à vecteur ».

Mais le président du C2DS voudrait surtout que les médecins utilisent leur voix et la confiance que leur porte la population pour peser sur le débat public. « Ils doivent devenir les experts du changement climatique », relève-t-il. « Si le message est porté par une administration, il n’a aucune valeur. S’il est porté par un médecin, c’est différent ».

C’est donc d’après lui une nouvelle responsabilité qui pèse sur les épaules des praticiens : « Si les Français ne voient pas que l’hôpital local ou le toubib maitrise ces sujets-là, ils ne bougeront pas ». Et il ne faut pas dire à Olivier Toma que les médecins sont impuissants. « Ils peuvent aller voir la direction de leur hôpital pour mettre en place des économies d’énergie, dialoguer avec les industriels pour faire de l’écoconception des dispositifs médicaux, mettre en place des solutions pour transformer des déchets en énergie… ».

Alors, pour conclure, un seul mot : engagez-vous !

Source: 

Adrien Renaud

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