Contre le glioblastome, la tumeur cérébrale la plus fréquente, la piste du cytomégalovirus

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Le glioblastome, cancer rare mais agressif, résiste aux traitements. La recherche a mis en évidence la présence du cytomégalovirus dans les cellules tumorales. Le CMVH ne serait pas à l’origine de ce cancer mais en modulerait l’agressivité. L’étude ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques.

Contre le glioblastome, la tumeur cérébrale la plus fréquente, la piste du cytomégalovirus

© iStock

Le glioblastome est la tumeur cérébrale la plus fréquente et aussi l’une des plus agressives chez l’adulte.

C’est un gliome (c’est-à-dire une tumeur qui se développe dans le cerveau ou la moelle épinière) à croissance rapide. Il se développe à partir de cellules gliales, ces « cellules de soutien » des neurones en forme d’étoile, appelées astrocytes et oligodendrocytes.

Un cancer rare mais agressif qui résiste aux traitements

Cette agressivité explique pourquoi, même en combinant des traitements lourds, comme la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie, les résultats restent souvent limités. Cette difficulté thérapeutique se reflète dans les chiffres : bien que relativement rare (environ 2 à 5 cas pour 100 000 personnes dans le monde), le glioblastome est associé à un pronostic très sombre, avec une survie moyenne d’environ dix-huit mois après le diagnostic.

Ainsi, sa gravité et l’efficacité encore insuffisante des traitements en font un enjeu majeur de santé publique. Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs explorent une piste intrigante : un virus très courant dans la population, le cytomégalovirus humain, pourrait être présent dans ces tumeurs. Il pourrait influencer leur évolution et contribuer à leur résistance aux traitements classiques. Une hypothèse qui suscite beaucoup d’intérêt et qui ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.

Cytomégalovirus humain : le virus qui manipule nos cellules

Le cytomégalovirus humain (CMVH) appartient à la grande famille des virus de l’herpès, comme ceux responsables de l’herpès labial ou de la varicelle.

C’est un virus très répandu : dans de nombreux pays, plus d’un adulte sur deux y a déjà été exposé. Après la première infection, souvent sans symptôme, le virus ne disparaît pas. Il reste présent dans l’organisme sous une forme « endormie », notamment dans certaines cellules du sang. Il peut se réactiver plus tard, surtout lorsque le système immunitaire est affaibli.

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Ce qui rend le CMVH particulièrement intéressant, c’est sa capacité à influencer le fonctionnement des cellules qu’il infecte. Il peut stimuler leur division, les aider à échapper à la mort programmée des cellules et modifier la réponse immunitaire locale. Autant d’effets qui, en théorie, pourraient favoriser le développement d’une tumeur et contribuer à sa résistance aux traitements. Le CMVH est aussi la principale cause d’infection transmise de la mère au bébé pendant la grossesse.

Détection du cytomégalovirus dans les glioblastomes

Les premières observations suggérant un lien entre le CMVH et les glioblastomes remontent au début des années 2000. Des équipes de recherche ont alors détecté de l’ADN viral ainsi que des protéines spécifiques du virus dans des échantillons de tumeurs cérébrales. Ces résultats ont ouvert une nouvelle perspective : le glioblastome, déjà très complexe sur le plan biologique, pourrait aussi être influencé par un virus courant et persistant.

Depuis ces premières découvertes, de nombreuses équipes ont confirmé la présence du CMVH dans des glioblastomes. La quantité de virus détectée reste faible comparée à une infection active, mais même à ces niveaux, il peut produire des protéines capables d’influencer le comportement des cellules tumorales.

La présence du CMVH ne signifie pas pour autant qu’il soit à l’origine de la tumeur. Bien qu’une étude ait montré la transformation de cellules humaines greffées dans le cerveau de souris, la majorité des données suggère plutôt que le virus agit comme un « oncomodulateur » : il ne déclenche pas la formation de la tumeur, mais peut en modifier l’agressivité, certaines caractéristiques biologiques et amplifier la résistance aux traitements.

Le rôle indirect du CMVH dans la progression du glioblastome : « l’oncomodulation »

Le CMVH ne semble pas être à l’origine du glioblastome, mais pourrait en moduler l’agressivité par un phénomène appelé « oncomodulation ». Contrairement aux virus oncogènes classiques qui rendent les cellules cancéreuses, il n’induit pas directement la transformation cancéreuse d’une cellule saine. Les données expérimentales suggèrent plutôt qu’il agit sur l’environnement tumoral et sur certains mécanismes clés de la biologie cellulaire.

L’infection par le CMVH peut favoriser la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, permettant à la tumeur de recevoir davantage de nutriments. Elle peut également inhiber l’apoptose, processus naturel d’élimination des cellules anormales, et interférer avec des régulateurs majeurs du cycle cellulaire.

Par ailleurs, le virus modifie le métabolisme cellulaire au profit de la survie tumorale et contribue à instaurer un microenvironnement immunosuppresseur, c’est-à-dire qui réduit l’efficacité des défenses de l’organisme.

Ensemble, ces observations pourraient renforcer la croissance et la résistance des glioblastomes. Elles ouvrent aussi de nouvelles perspectives de recherche et de stratégies thérapeutiques en ciblant non seulement la tumeur, mais aussi ses interactions virales.

Implications thérapeutiques

La découverte du CMVH dans les glioblastomes a rapidement conduit à explorer des interventions antivirales comme piste thérapeutique complémentaire. Des études pilotes ont testé le valganciclovir, un traitement antiviral déjà utilisé contre les infections à CMVH, chez des patients atteints de glioblastome. Bien que les résultats restent préliminaires, certains patients ont montré une amélioration relative de la survie, suggérant que limiter l’activité du virus pourrait freiner la progression tumorale.

En parallèle, la recherche se tourne vers des approches immunothérapeutiques ciblant le CMVH. L’objectif est de stimuler le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et attaque spécifiquement les cellules exprimant des protéines virales, offrant ainsi une nouvelle voie pour traiter un cancer qui reste difficile à combattre avec les traitements classiques.

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L’intérêt de ces stratégies dépasse les glioblastomes : le concept de virus « oncomodulateur » pourrait s’appliquer à d’autres cancers, y compris certains cancers pédiatriques comme le médulloblastome, soulignant le rôle possible de l’infection congénitale (infection transmise au bébé avant sa naissance, pendant la grossesse, par sa mère) dans la modulation de la tumeur. De plus, le CMVH a été classé en 2025 comme « probablement cancérogène pour l’humain » (groupe 2B) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), renforçant l’attention scientifique portée à ses effets sur le développement et la progression tumorale.

Enfin, afin de pallier l’émergence de résistances et à la toxicité des traitements classiques contre le CMVH, de nouvelles stratégies antivirales innovantes sont en cours d’exploration. Par exemple, de petits peptides conçus pour bloquer l’interaction entre deux protéines virales essentielles peuvent inhiber la réplication du CMVH. Cette approche pourrait compléter, ou même remplacer, les antiviraux classiques.

Un virus discret qui influence une tumeur agressive

Le CMVH illustre parfaitement comment un virus discret et très répandu peut influencer la biologie d’une tumeur agressive. Dans les glioblastomes, son rôle d’« oncomodulateur » ne consiste pas à déclencher la maladie, mais à amplifier son agressivité.

Étudier cette interaction ouvre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre et traiter ces cancers difficiles, et montre le potentiel d’une approche intégrative mêlant virologie et oncologie.

Le glioblastome reste un défi majeur, mais la recherche sur le CMVH révèle que même des virus apparemment silencieux peuvent aider à décrypter la complexité des maladies humaines et offrir de nouvelles stratégies thérapeutiques.The Conversation

Gaëtan Ligat, Maître de Conférences, Université de Toulouse; Inserm
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
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