Consultations en hausse : « c’était indispensable Oncle Alfred »

Le Dr Jean-Paul Hamon tente de convaincre

Pour les 95 % d’assurés qui disposent d’une complémentaire santé, la hausse des tarifs des consultations sera sans incidence. Le Dr Jean-Paul Hamon estime qu'il était indispensable de revaloriser les actes.

Depuis le 1er mai, M. Alfred peste. La hausse des tarifs des consultations dans les cabinets médicaux l’inquiète. Il faut dire que l’« Oncle Alfred », comme on le surnomme, est très soucieux de sa santé. Ainsi, il a déjà fait tous les calculs avec sa bonne vieille Casio. Pour une consultation chez son médecin traitant, ce sera désormais 25 € (+2 €). Et lorsque ce dernier l’adressera à un confrère spécialiste, il devra débourser 30 euros (+2€) à partir du mois de juillet 2017.

De nouvelles hausses en novembre

Enfin, le montant de deux nouvelles consultations lui crée des sueurs froides. Dès novembre 2017, sa facture affichera 46 euros lorsque la consultation sera considérée comme « complexe » par le spécialiste. Le temps médical coûtera même jusqu'à 60 euros lorsqu'un praticien estime que l'acte est « très complexe ».

Mais L'Oncle Alfred n'est pas le seul de la famille à se faire du souci. Sa fille vient d’avoir son premier enfant. Et pour le suivi de son bambin (jusqu’à 6 ans), Julie s’est aperçue que des majorations sont appliquées depuis lundi. Comme ces patients demandent plus de temps et une attention particulière, ces actes ont été revalorisés de 5 euros. Résultat, 30 euros chez un MG et 32 euros chez un pédiatre.

Avant que cette nouvelle convention médicale ne fâche définitivement la famille d’Alfred avec les médecins libéraux, le pompier Jean-Paul Hamon intervient. Généraliste à Clamart (Hauts-de-Seine), il préside la Fédération des Médecins de France (FMF). Ce patron de syndicat a cinq arguments pour convaincre les patients qu'il était nécessaire de revaloriser les tarifs médicaux.

Se rapprocher de la moyenne européenne 

Jean-Paul Hamon : Oncle Alfred, savez-vous combien coûtent les consultations médicales à l’étranger ? Même en Europe, les médecins français sont loin de leurs confrères. Sur le Vieux Continent, la moyenne de la consultation de base se situe à 40 euros. L’Espagne est à 42, l’Irlande à 45, et la Suisse encore au-delà. Seul Malte est derrière la France sur la valeur des paiements à l’acte.

Retrouver un accueil de qualité 

Jean-Paul Hamon : Les jeunes médecins veulent travailler en groupe. Mais pour payer leurs locaux et avoir des salles d’attente correctes et des secrétaires, ils font en moyenne 60 heures par semaine. C’est un repoussoir pour les futurs praticiens qui n’ont pas envie de bosser 12 heures par jour. Et je le comprends très bien. Ce ne sont pas des conditions d’exercice attractives.

Des consultations moins expéditives 

Jean-Paul Hamon : Cela m’avait choqué lorsque l’ex-directeur de la CNAM (Frédéric Roekeghem) avait dit qu’un faible niveau de C garantissait la productivité des libéraux. On sait tous que des médecins qui s'estiment pas suffisamment payés auront tendance à faire plus de consultations dans la journée. Si on lutte contre la course à l’acte, les médecins passeront plus de temps avec leurs patients.

Des revalorisations comme ailleurs 

Jean-Paul Hamon : Les tarifs médicaux étaient bloqués depuis un moment pour les libéraux. Cela faisait plus de vingt ans pour certains actes. La consultation n’a même pas suivi l’inflation. Pire, le gouvernement de François Hollande veut nous imposer le tiers payant généralisé qui va entraîner des coûts de gestion considérables. Et je rappelle que notre protection sociale est moins bonne que celle des salariés.

En finir avec les déserts médicaux 

Jean-Paul Hamon : Pour inciter les jeunes à s’installer en libéral, il était indispensable de revaloriser. Sinon, bientôt, il n’y aura plus assez de médecins. Notamment dans les déserts médicaux qui se multiplient. Dans ces zones, il faudrait carrément doubler le salaire des internes. Cela a été efficace en Corse et à Belle-Ile-en-Mer. Ailleurs, les problèmes de démographie médicale demeurent et demeureront.

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Le joker de Jean Paul Hamon : « Une étude anglaise a montré récemment que quand les patients vont régulièrement voir leur médecin traitant ils sont moins souvent hospitalisés. » Des chiffres qui vont peut-être calmer les appréhensions de l’Oncle Alfred à l’idée de prendre un nouveau rendez-vous médical.

Portrait de Bruno Martrette-Gomez

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