Confinement : les effets délétères des annonces trop optimistes

Il ne fait aucun doute que les confinements ont des conséquences sur le bien-être et la santé mentale des populations. Mais comprenons-nous bien le mécanisme de cet effet ? Dans un article publié récemment dans le journal Frontiers in Psychology, nous avons étudié les liens entre les mesures de restrictions et la satisfaction de la vie quotidienne en menant une enquête auprès d’un échantillon relativement important et stable de personnes.

Plus particulièrement, pendant le premier confinement en Espagne, l’équipe de chercheurs a contacté un échantillon de jeunes Espagnols (sur les 1 500 personnes contactées, 1 131 ont répondu) en leur posant des questions personnelles (données démographiques, personnalité, etc.) et puis, chaque jour, une question sur leur degré de satisfaction par rapport à leur vie en général.

Parallèlement, des questions hebdomadaires leur ont aussi été posées au sujet de leur état de santé ainsi que sur leurs intentions de se faire tester pour la Covid-19, soit par le biais du programme national (entraînant une période d’isolement obligatoire en cas de test positif), soit de manière privée, les résultats étant gardés confidentiels et les mesures à prendre laissées à la responsabilité de chacun.

La partie la plus originale de l’enquête fut une « devinette », dans laquelle on demandait aux participants de parier sur la fin du confinement. En cas de réponse correcte, les participants gagneraient 200 euros. Cette partie de l’étude semble avoir joué un rôle important pour le succès de l’enquête afin de permettre à une grande partie des participants (environ 1 000) de répondre activement à toutes les questions tout au long des 84 jours du confinement, entre le 29 mars et le 20 juin 2020.

La cruciale gestion des attentes

En règle générale, l’étude a révélé que la satisfaction à l’égard de la vie fut légèrement en hausse puis de nouveau en baisse jusqu’à la dernière semaine d’avril, mais à partir de ce moment, la satisfaction de la vie s’est améliorée progressivement et régulièrement, jusqu’à la fin.

Ceci, malgré la baisse de l’état de santé signalé et l’augmentation des symptômes. Enfin, certains changements dans les intentions de dépistage ont été observés, avec une baisse des tests privés et une augmentation de la volonté de participer au dépistage public.

Cette étude a révélé une augmentation de la volonté de participer au dépistage public malgré une baisse du nombre de tests privés. Shutterstock

Mais le résultat le plus intéressant de l’analyse statistique des réponses fut la relation entre les prédictions de la fin du confinement et la satisfaction quotidienne de chaque personne à l’égard de la vie. Les personnes ayant prédit un confinement plus long étaient beaucoup plus satisfaites de leur vie au quotidien que celles qui avaient prédit une fin proche du confinement.

Ce résultat intéressant, mais finalement pas si surprenant, s’explique par le fait que l’espoir d’un confinement court non réalisé a engendré une déception supplémentaire, comparable à l’impatience et l’inconfort de nos enfants lorsque, à la question « quand est-ce qu’on arrive ? » lors d’un voyage, nous répondons « dans une heure environ » alors qu’il reste encore 180 kilomètres à faire.

Cette constatation montre pourquoi le choix de la plupart des gouvernements de créer des attentes optimistes quant à un confinement court avec des messages tels que « les deux semaines suivantes sont cruciales », « tout reviendra à la normale d’ici l’été », et autres tentatives similaires pour injecter l’optimisme, plutôt que des attentes réalistes, n’ont pas aidé les citoyens à être plus heureux. La gestion des attentes est aussi cruciale que la gestion de la pandémie.

« Préparez-vous à un long confinement ! »

Les personnes qui prétendent être « fatiguées » de la situation générale seront encore plus fatiguées si elles s’attendent à ce que le confinement dure moins longtemps que ce qu’il durera réellement. L’optimisme par opposition au réalisme est comme un gain à court terme aujourd’hui contre une perte sur une période plus longue.

Les dirigeants du monde entier, en particulier en Europe où les gens sont par défaut heureux et désireux de partager des espaces ouverts dans leur style de vie insouciant, doivent avertir leurs concitoyens que le confinement peut être long, plus long que quiconque ne le souhaite, plus long que ce que l’on peut imaginer.

En fait, l’étude a comparé les fins estimées par les participants et la fin réelle du premier confinement espagnol. Seuls 13 % de l’échantillon ont correctement prédit la semaine au cours de laquelle le confinement se terminerait. Un optimisme écrasant a été observé, la sous-estimation moyenne (différence entre la fin réelle du confinement et la prédiction) étant supérieure à 42 jours !

Près de 90 % de l’échantillon a été trop optimiste et a mal prédit la semaine au cous de laquelle le confinement se terminerait. Shutterstock

Par conséquent, si une chose doit être gérée par la campagne publique au début d’un confinement, c’est l’émergence d’attentes trop optimistes infondées et incontrôlées.

Pour conclure, l’étude a montré que les gens ont tendance à mieux faire face au confinement que ce qui est généralement affirmé sur les sites populaires ou dans les publications des médias. Leur satisfaction au quotidien augmente, peut-être en raison de l’adaptation, même lorsque les conditions extérieures affectent négativement leur santé et les poussent vers une réflexion plus prosociale.

Surtout, leur inculquer des attentes optimistes infondées est une erreur évidente dans la gestion des effets psychologiques qu’un confinement peut avoir sur le bien-être des populations. Au début de chaque annonce de confinement, le message devrait être « préparez-vous à un long confinement ! », et non « faisons un effort pendant une autre courte période ». L’optimisme déçu est une perte à long terme qui n’est pas compensée par le gain à court terme de bonnes nouvelles trompeuses.

Nikos Georgantzis, Professor, Director of the Wine and Spirits Business Lab, Burgundy School of Business ; Aurora García-Gallego, Professeur, Universitat Jaume I; Gerardo Sabater-Grande, Enseignant-Chercheur, Universitat Jaume I et Noemí Herranz-Zarzoso, Professeur, Universitat Jaume I

Déclaration d’intérêts

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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