Chirurgie esthétique humanitaire, WTF ?

La chirurgie humanitaire est considérée comme une chirurgie de guerre. Elle doit être fonctionnelle, et l'aspect esthétique serait du luxe. Pourtant l'aspect physique est un des facteurs les plus importants des relations humaines. Avoir une grosse boule sur le torse, une vilaine chéloïde sur le visage, ça peut être un handicap majeur, même dans un pays pauvre. Peut-être même surtout dans un pays pauvre...

« Le concept de chirurgie plastique a commencé après la guerre pour réparer les ''gueules cassées'', dans un but humanitaire finalement. Mais existe-t-il une réelle différence entre chirurgie plastique et esthétique, alors que le corps est le premier médiateur des relations humaines et sociales ? Rendre un aspect ''normal'' à une personne relève de la socio-esthétique. Quand quelqu'un est très pauvre, son esthétique est tout ce qui lui reste. Mais si elle est abîmée, il devient un mendiant ». Patrick Knipper, chirurgien esthétique et Président de l'Association Interplast-France aime faire de la provoc’ en disant qu’il fait de la chirurgie esthétique humanitaire. Depuis une quinzaine d'années il répare des corps et des visages abîmés dans les pays où la chirurgie plastique fait défaut, comme l'Inde, le Ghana, le Tchad, la bande de Gaza, l'Arménie... « Quand j’opère un enfant d'un bec de lièvre et que la maman me dit : ''c'est beau ce que vous avez fait docteur'', je me dis que ça relève de l'esthétique, la santé de l'enfant n'étant pas menacée par cette malformation. D'un autre côté, c'est parfois une question de vie ou de mort, parce que les bébés atteints d'une fente labio-palatine sont dans certains pays traités comme des enfants-sorciers, vendus au marché noir comme esclaves, ou même tués. La limite est donc difficile à tracer. Il nous est d'ailleurs arrivé de racheter un de ces ''enfants-monstres'' pour 100 dollars sur un marché, de l'opérer et de le renvoyer dans sa famille. Là, c'est de l'humanitaire ? »

Patrick Knipper a transcrit ses expériences et ses réflexions dans un livre : “Peaux de Chagrin: la chirurgie plastique au service de l’humanité”. Editions Michel Lafon (http://www.michel-lafon.fr/livre/436-Peaux_de_chagrin.html)

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