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L'histoire du gouverneur Riek Gai Kok est décrit par la communauté humanitaire du Soudan du Sud comme un cas d'école des disparités entre l'élite sud-soudanaise et ses citoyens qui ne peuvent, eux, se faire traiter à l'étranger. Et en meurent.
En septembre, un rapport onusien dénonçait les comportements « prédateurs » des responsables de ce pays, qui « détournent les ressources publiques à des fins personnelles ».
Les plus de 25,2 milliards de dollars générés par le pétrole sud-soudanais depuis 2011 ont été utilisés de manière « presque entièrement opaque », pointait la Commission sur les droits de l'Homme au Soudan du Sud, agissant pour le compte du Conseil des droits humains de l'ONU.
La population est laissée dans un dénuement total. Seuls 0,7 % du budget du Soudan du Sud étaient alloués à la santé en 2023-2024, soit autant que les frais médicaux du seul président sud-soudanais Salva Kiir, soulignait ce rapport.
Quelque 80 % des soins sont donc financés par des bailleurs étrangers, via ONG et agences onusiennes, alors qu'un conflit entre pouvoir et opposition embrase certaines parties du pays, dont le Jonglei.
Dans la capitale Juba, un soldat blessé à une jambe confie à l'AFP sa stupéfaction d'avoir été évacué par les airs vers un hôpital, la plupart des blessés étant abandonnés à leur sort. « Lorsque j’ai été touché par une balle, je me suis dit que j'étais mort », raconte Ajuong Deng, 33 ans.
Soignants payés par les ONG
Ce n'est pas l'armée qui l'a secouru, mais le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui le soigne dans son établissement au sein de l'hôpital militaire, dont l'ONG soutient le personnel en le payant avec ce qu'elle appelle pudiquement des « incitations ».
« Si nous ne les payons pas, personne ne reste ici », explique un travailleur humanitaire qui s’exprime anonymement, comme d'autres interrogés par l’AFP.
Le personnel hospitalier gagne à peine 10 à 50 dollars mensuels, comme les autres fonctionnaires, dont beaucoup n'ont pas été payés depuis des mois.
Dans l'hôpital militaire, hors de la structure gérée par le CICR, des patients aux bandages rougis de sang gisent à même le sol, un homme ayant reçu une balle dans le cou peine à respirer.
Avec seulement 300 km de routes goudronnées dans le pays, dont beaucoup deviennent impraticables pendant la saison des pluies, difficile d'accéder à un médecin avant que les blessures s'infectent et les amputations sont fréquentes.
Corruption et détournement des ressources
Alors que les indicateurs de développement s'améliorent dans de nombreux pays d'Afrique et du monde, ceux du Soudan du Sud stagnent, au mieux.
L'espérance de vie de 58 ans n'a pas évolué depuis l'indépendance en 2011, après la partition du Soudan. Quelque 10 % des enfants périssent avant d'avoir cinq ans. Femmes et filles enceintes meurent plus que partout ailleurs dans le monde, énumérait le récent rapport onusien.
Le Soudan du Sud compte en outre parmi les endroits les plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires et de santé. Les installations de MSF ont été attaquées onze fois lors de l'année écoulée.
Face à la forte baisse des financements internationaux de l'aide humanitaire, de nombreuses ONG ont dû réduire leur présence dans le pays, une catastrophe pour la population, faute d'Etat prenant le relais.
Le Soudan du Sud, avec ses ressources pétrolières, « ne devrait pas dépendre des Nations unies », déplore Tom Fletcher, haut responsable de l'aide humanitaire pour l'ONU.
Juba a reçu 1,4 milliard de dollars d'aide en 2024, soit plus que tout autre pays en proportion de son PIB, selon la Banque mondiale. « Si les bailleurs de fonds estiment que nous ne pouvons pas obtenir de résultats (...) ils ne continueront pas à soutenir nos efforts », observe Tom Fletcher.
Les Etats-Unis ont récemment averti que leurs financements pourraient être retirés au Soudan du Sud s'il ne s’attaquait pas au « détournement de ses recettes publiques ».
Transparency International classe le Soudan du Sud comme le pays le plus corrompu du monde. « Je ne sais pas quels critères ils ont utilisés », se borne à commenter le ministre sud-soudanais de l'Information Ateny Wek Ateny, interrogé par l'AFP.
Avec AFP