Affaire Epstein : un réseau de médecins au cœur du système

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Des documents judiciaires récemment rendus publics aux États-Unis révèlent l’existence d’un réseau de médecins gravitant autour de Jeffrey Epstein. Au-delà de leur rôle de soignants, certains auraient contribué à structurer la prise en charge médicale des jeunes femmes de son entourage…

Affaire Epstein : un réseau de médecins au cœur du système

Jeffrey Epstein.

 

 

 


 

© Capture

La publication, en janvier 2026, de plus de 15 000 documents judiciaires par le ministère américain de la Justice a mis en lumière une réalité troublante : autour de Jeffrey Epstein gravitait un réseau structuré d'une douzaine de médecins, issus d'institutions aussi réputées que Mount Sinai ou Columbia University à New York. Ces praticiens n'étaient pas de simples soignants occasionnels. Selon l'enquête approfondie du New York Times, fondée sur emails, résultats biologiques et dossiers financiers, Epstein s'appuyait sur « un petit réseau de spécialistes médicaux fidèles » qu'il mobilisait aussi bien pour ses propres besoins de santé que pour ceux des jeunes femmes de son entourage.

Des actes réalisés hors de tout cadre clinique

Parmi les situations documentées, certaines interpellent directement sur le plan professionnel. Une photographie versée au dossier montre un médecin réalisant des points de suture, trente-cinq au total, selon le New York Times, sur une femme allongée sur la table à manger d'Epstein, loin de tout environnement médical adapté. Au-delà de l'anecdote, ces images illustrent une forme d'exercice itinérant et désinstitutionnalisé de la médecine, organisé non par les soignants eux-mêmes, mais par un tiers.

La transmission d'informations médicales à ce même tiers constitue un autre point de friction majeur. Radio France et le New York Times rapportent des cas où des résultats d'analyses sanguines de patientes auraient été communiqués directement à Epstein, parfois à leur insu. Des patientes se plaignaient, que leurs données de santé circulent sans leur consentement, ce qui, dans tout autre contexte, serait qualifié de violation du secret médical.

Un tiers au cœur de la relation thérapeutique

Ce qui ressort de l'ensemble des documents, c'est le rôle d'organisateur central qu'Epstein avait su se tailler dans le suivi médical des femmes de son entourage. Il orientait vers des examens gynécologiques, des interventions esthétiques ou des traitements spécifiques, finançait les prises en charge, et contrôlait l'accès à la contraception, aux traitements des infections sexuellement transmissibles, voire aux interruptions de grossesse. Dans certains cas, il pouvait également interrompre brutalement un traitement, refusant de financer une prescription demandée par une patiente.

Cette configuration où le payeur est aussi celui qui oriente, contrôle et décide, pose une question fondamentale pour tout clinicien : qui est réellement le patient, et qui est le véritable prescripteur de la prise en charge ?

Des liens financiers qui brouillent l'indépendance professionnelle

La relation entre Epstein et ces médecins ne se limitait pas aux soins. Elle s'inscrivait dans un système d'échanges aux contours parfois troublants. Le New York Times révèle qu'il a versé plus de 375 000 dollars à Mount Sinai, dont une part dédiée au Dubin Breast Center. Des praticiens sollicitaient directement sa générosité pour financer leurs projets de recherche ou des besoins personnels, l'un d'eux lui aurait même demandé de se porter garant pour un leasing automobile, après avoir réalisé des actes médicaux pour plusieurs femmes de son entourage.

Ces arrangements dessinent un écosystème dans lequel la gratitude financière, les dons et les séjours offerts sur les propriétés d'Epstein se mêlaient aux pratiques cliniques, rendant difficile toute évaluation sereine de l'indépendance professionnelle réelle de ces médecins.

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Dr Eva Dubin, pivot d'un réseau hospitalier

Au cœur de ce dispositif se trouve la Dr Eva Dubin, médecin à Mount Sinai et ancienne compagne d'Epstein. Les documents la désignent comme une facilitatrice : elle aurait servi de point d'entrée vers le système hospitalier, mis en relation Epstein avec des spécialistes et contribué à intégrer certaines jeunes femmes dans des structures de soins, notamment au sein du Dubin Breast Center. Son représentant a déclaré au New York Times qu'elle avait agi « de bonne foi », sans connaissance des activités criminelles de son ancien compagnon.

Au-delà du caractère criminel du contexte général, ces faits interrogent des principes que tout médecin connaît : l'obligation de ne partager les informations médicales qu'avec le consentement éclairé du patient, la nécessité de préserver l'indépendance de la relation thérapeutique vis-à-vis de tout tiers, fût-il bienveillant ou financeur, et l'exigence de conditions d'exercice garantissant la sécurité des actes réalisés.

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