35 ophtalmologues demandent un moratoire sur l’utilisation du LBD

« Une telle "épidémie" de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée », s’alarment 35 ophtalmologues signataires d’une tribune publiée par le Journal du dimanche. Ces professionnels de santé demandent « instamment un moratoire » sur l’utilisation du lanceur de balles de défense (LBD) dans la police face au mouvement des gilets jaunes.

«Notre devoir de médecin est d’alerter. Il n’y a aucune coloration politique, c’est une démarche très humaniste», a expliqué à l’AFP l’un des signataires de la tribune, Bahram Bodaghi, ophtalmologiste à la Pitié-Salpétrière. Les 35 ophtalmologues ont décidé de publier une tribune dans le Journal du Dimanche car le courrier envoyé à Emmanuel Macron était resté sans réponse.

«Les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience», estiment les signataires. «Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations».

Ils ont en parallèle mis en place, en lien avec la Société française d’ophtalmologie, une cellule de veille sur les blessures provoquées par les LBD qui a recensé une vingtaine de personnes ayant perdu un œil. Quant à la Société française d’ophtalmologie, elle avait déjà alerté en février la ministre de la Santé. 

Les derniers chiffres officiels du ministère de l'Intérieur comptabilisent depuis le début du mouvement 13 000 tirs de LBD, 2 200 blessés, 10 "dommages irrémédiables à l'œil". De son côté, le journaliste indépendant David Dufresne, qui compile les violences policières sur son compte Twitter avec le désormais célèbre « Allo place Beauveau », a comptabilisé depuis le début du mouvement 522 signalements dont 215 blessures à la tête, 22 éborgnés, 5 mains arrachées et 1 décès (chiffres du 11 mars 2018).

Fin février, le Conseil de l’Europe avait appelé la France à «suspendre l’usage du LBD dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre» afin de «mieux respecter les droits de l’homme». Le Défenseur des droits réclame, lui, l’interdiction de cette arme dans l’arsenal du maintien de l’ordre depuis début 2018.

Une pétition contre l’usage de cette arme a également été lancée en janvier par un neurochirurgien de Besançon et totalisait dimanche presque 170 000 signatures. Samedi, pour l’acte 17 des «gilets jaunes», le maire sans étiquette de Phalsbourg (Moselle) a pris un arrêté «symbolique» pour interdire l’usage du LBD sur sa commune.

Source: 

Avec AFP.

Portrait de Julien Moschetti

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