2340 : les cancers deviendront des rhumes

Chaque maladie aura sa faction

Dans le cadre du séminaire mensuel « Anticiper le futur de la santé », organisé à l’Hôpital Saint-Louis (Paris), l’Espace éthique Ile-de-France s’est interrogé sur la possibilité d’une médecine sans guérison. What’s up Doc y était.

« En l’an 2340, les cancers sont comparables à de petits rhumes dont on se débarrasse à petits coups de laser. Le diabète et les maladies infectieuses sont de l’histoire ancienne. » C’est par ces mots, qu’a débuté la nouvelle d’anticipation imaginée, mi-juin lors du séminaire « Anticiper le futur de santé », par Paul-Loup Weil-Dubuc, Docteur en philosophie et chercheur à l’Espace éthique Ile-de-France. Dans le futur, tout ira donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment.

Au sein de cet univers imaginaire et, pourquoi pas, plausible, il persiste vingt-deux maladies dont on ne guérit pas. Alzheimer, Parkinson, Huntington…les maladies neurodégénératives et psychiques y sont presque toutes. Conséquence directe : la société souffre de fortes poussées identitaires depuis des décennies. « A force de parler entre eux, de suivre des régimes alimentaires identiques et de pratiquer des métiers similaires, les malades d’une même maladie finissent par se ressembler », imagine Paul-Loup Weil-Dubuc. En d’autres termes, la maladie devient le trait identitaire le plus déterminant.

Maladie vs Handicap

Les « sans maladie », eux, sont isolés et considérés comme des fardeaux pour la société. Ah tiens, ça ne vous rappelle rien ? « J’ai l’impression que la réalité dépasse la fiction », commente une personne dans la salle. « Aujourd’hui, ce sont les handicapés qui sont mis à part », ajoute-t-elle. 

Plus loin, Catherine Dufour, auteur de romans et de nouvelles de science-fiction s’interroge sur la différence entre la maladie et le handicap. « Peut-on dire que le handicap, contrairement à la maladie, ne tue pas de suite mais n’est pas guérissable ? » Finalement, la différence serait double : la maladie est accompagnée d’un espoir de découverte d’un traitement et représente une menace vitale.

« La maladie Alzheimer peut être considérée comme une maladie même s’il n’y a pas de traitement car nous espérons en trouver un pour les générations futures », analyse le docteur en philosophie. « Si nous renonçons à cet espoir, cela deviendra un handicap », prévient-il

La menace des GAFA

Pour finir, les intervenants se sont questionnés sur l’éventualité d’un monde où les communautés seraient définies selon leur type (ou leur absence) de maladie. Paul-Loup Weil-Dubuc avoue s’être inspiré du concept de « biosocialité » proposée en 1978 par l’anthropologue américain Paul Rabinow. A terme, les tests génétiques pourraient être à l’origine de la formation de communautés qui s’imaginent et partagent un destin commun.

De son côté, Catherine Dufour craint l’ingérence des GAFA (Google, Apple, Amazon, Facebook) dans la santé de l’Humanité, notamment par le biais du transhumanisme. Et cela à notre insu, d'après les intervenants. « Je pense au  laboratoire Calico de Google dont le but est d’éradiquer toutes les maladies. Mais personne ne sait ce qu’ils font réellement », s’inquiète-t-elle. « Je redoute qu’ils concrétisent leur projet car ils ont les moyens de leurs ambitions », conclut l'auteur

 

Source: 

Im`ene Hamchiche

Portrait de La rédaction

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