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C’est tout l’enjeu du programme de formation mis en place autour de ce robot.
Le Dr Bertrand Semay, chirurgien orthopédique et manager des affaires médicales chez Johnson & Johnson MedTech et le Dr Benoît Gaulin, chirurgien orthopédique au CHU de Grenoble témoignent de cet accompagnement et expliquent comment la formation permet aux équipes de s’approprier progressivement la technologie.
Une robotique qui assiste le chirurgien
Contrairement à certaines idées reçues, la robotique en orthopédie ne remplace pas le chirurgien.
Bertrand Semay explique : « En orthopédie, on n’est pas dans de la télé-opération comme dans certaines chirurgies des tissus mous. Le chirurgien reste au bloc, au contact du patient. Le robot vient s’intégrer dans la procédure pour sécuriser certaines étapes clés. En effet, lors d’une prothèse totale de genou, le chirurgien doit réaliser des coupes osseuses très précises afin de positionner correctement l’implant. Avec les instruments conventionnels, on travaille avec des guides de coupe qui reposent sur des repères anatomiques. Cela fonctionne bien, mais la précision dépend beaucoup de l’instrument, de l’œil et du geste du chirurgien. L’objectif de la robotique est d’apporter davantage de précision, de sécurité, et surtout de permettre une chirurgie plus personnalisée. »
« Grâce à un système de capteurs et à une modélisation numérique de l’articulation, le chirurgien peut analyser le fonctionnement du genou du patient et simuler différentes positions de la prothèse. Finalement on reconstruit une sorte de modèle numérique de l’articulation et on peut tester plusieurs configurations avant de choisir celle qui correspond le mieux à la cinématique du patient. Une fois ce plan validé, le bras robotisé accompagne la réalisation des coupes osseuses. Le robot ne fait pas l’opération à la place du chirurgien. Il empêche simplement de sortir du plan prévu et sécurise l’exécution du geste. Par ailleurs, pendant longtemps, on posait les prothèses selon des règles d’alignement standardisées. Aujourd’hui, on sait que chaque genou est différent. La robotique permet d’adapter la pose de l’implant à l’anatomie et à la cinématique du patient et donc d’offrir une personnalisation opératoire. »
Formation professionnelle pour structurer l’apprentissage de la robotique
Pour accompagner l’adoption de ces technologies, Johnson & Johnson MedTech s’appuie notamment sur son programme international de formation professionnelle.
« L’idée est d’accompagner les chirurgiens dans toutes les étapes : découverte de la technologie, formation théorique et pratique, observation de centres expérimentés et accompagnement lors des premières interventions », précise Bertrand Semay.
Ce programme exhaustif combine plusieurs formats pédagogiques : sessions théoriques, sessions en laboratoire d’anatomie, simulation et immersion dans des centres experts. L’objectif est de permettre aux chirurgiens de se familiariser progressivement avec la technologie avant de l’introduire dans leur exercice quotidien.
« On ne forme pas simplement à l’utilisation d’un outil. On accompagne aussi les chirurgiens dans l’évolution de leur pratique », complète Bertrand Semay.
Au CHU de Grenoble, une adoption progressive
Au Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble, l’équipe du Dr Benoît Gaulin a introduit récemment le robot VELYS™ dans son service de chirurgie orthopédique. Une étape importante, mais qui s’inscrit dans une dynamique d’innovation déjà amorcée depuis plusieurs années. « Nous utilisons déjà la chirurgie assistée par ordinateur depuis plusieurs années pour les prothèses de genou. L’arrivée du robot est finalement une évolution naturelle », explique-t-il.
La formation et l’adoption du robot se sont faites de manière progressive. « Avant même l’installation du robot dans le bloc opératoire, les équipes de Johnson & Johnson MedTech sont venues nous présenter l’outil et nous avons pu l’essayer sur des modèles osseux. Cela permet déjà de comprendre comment fonctionne le logiciel et comment l’articulation est modélisée », explique Benoît Gaulin.
« Cette première étape permet aux chirurgiens de se projeter dans l’utilisation du système et de mieux appréhender les changements que la robotique peut apporter à la pratique quotidienne », précise Bertrand Semay
La prise en main du robot repose ensuite sur un parcours de formation alternant théorie et pratique. Benoît Gaulin décrit son expérience : « Nous avons été en Suisse pour participer à des sessions, encadrées par des chirurgiens déjà expérimentés dans l’utilisation du robot, avec une partie théorique pour comprendre le logiciel et une partie pratique pour nous entraîner. Nous avons pu travailler à la fois sur des modèles osseux et sur des spécimens anatomiques, ce qui permet vraiment de se rendre compte des différentes étapes de la procédure et de la manière dont le robot s’intègre dans le geste chirurgical. Ensuite, une autre étape clé a été l’observation de centres déjà utilisateurs. Je me suis rendu à La Croix Saint-Simon, à Paris, rencontrer une équipe qui utilisait déjà le robot. C’était vraiment très utile pour comprendre comment il s’intègre dans la pratique quotidienne ».
« Ces échanges entre pairs jouent un rôle essentiel dans l’appropriation de la technologie. Ils permettent aux équipes d’échanger sur leurs expériences, leurs organisations et les adaptations nécessaires au bloc opératoire », acquiesce Bertrand Semay
Une formation sur le terrain au long cours, pour tout le bloc opératoire
L’introduction d’un robot dans un établissement ne concerne pas uniquement le chirurgien : toute l’équipe du bloc doit être impliquée dans cette évolution technologique.
« Les équipes de Johnson & Johnson sont venues plusieurs jours dans notre bloc pour former les infirmières et les brancardiers à l’instrumentation et à l’installation du robot. Cette phase permet d’anticiper les contraintes logistiques et d’adapter l’organisation du bloc opératoire avant la première opération », explique Benoît Gaulin.
Pour Bertrand Semay, cette dimension collective est essentielle dans l’adoption d’une technologie robotique : « Il faut accompagner l’ensemble de l’équipe soignante : infirmières, aides-soignants, brancardiers, car la réussite future des opérations est conditionnée à l’appropriation de la plateforme par tous les acteurs du bloc. »
Mais cette logique d’appropriation ne s’arrête pas aux portes du bloc opératoire. L’introduction d’une plateforme robotique implique également une mobilisation et une montée en compétence des équipes en amont et en aval : pharmaciens hospitaliers pour la gestion des consommables, services de stérilisation pour l’adaptation des protocoles, ingénieurs biomédicaux pour l’intégration technique et la maintenance. Autant d’acteurs souvent moins visibles, mais indispensables au bon fonctionnement du dispositif.
L'assistance robotique au service de la précision chirurgicale en orthopédie
Les premières chirurgies robotisées peuvent ensuite être réalisées et les équipes bénéficient alors d’un accompagnement rapproché. « Un chirurgien formateur et une infirmière spécialisée sont présents au bloc pour nous accompagner. Cette présence est essentielle. Les équipes restent d’ailleurs pendant plusieurs semaines pour accompagner les chirurgiens du service », explique Benoît Gaulin.
Pour Bertrand Semay, l’enjeu dépasse la simple prise en main d’un outil. « Notre rôle n’est pas seulement de former à l’utilisation de la machine. Il faut aussi accompagner les chirurgiens dans l’évolution de leur pratique vers une chirurgie plus personnalisée et toute l’équipe du bloc dans la nouvelle gestion des flux d’activité. »
« Toutes les interventions se sont très bien passées, notamment parce que toute la préparation et la formation avaient été réalisées en amont et que nous avons eu un accompagnement rapproché et personnalisé pendant plusieurs semaines. Ensuite, on peut toujours contacter les équipes si besoin. La multiplication des supports pédagogiques est un point essentiel de la réussite », conclut Benoît Gaulin.
Formation professionnelle : de la prise en main à l’autonomie, les étapes pour faire de VELYS™ un acteur du bloc
- Acculturation en amont (e-learning)
Objectif : préparer les équipes avant toute manipulation du robot
Contenu :
– principes de la robotique orthopédique
– logique de planification peropératoire
– compréhension des étapes du workflow
Enjeu : réduire la charge cognitive lors des premières utilisations
- Formation pratique en laboratoire
Objectif : passer de la théorie à la simulation en conditions proches du réel
Modalités :
– groupes restreints
– formation sur spécimens anatomiques
– présence conjointe de chirurgiens experts et d’équipes d’accompagnement
Contenu :
– réalisation de cas complets
– prise en main du robot et des interfaces
– compréhension de l’équilibrage ligamentaire
Enjeu : sécuriser les premiers gestes avant le passage au bloc
- Installation sur site et premières interventions
Objectif : accompagner la transition vers la pratique réelle
Dispositif :
– présence d’un chirurgien proctor
– présence d’un spécialiste clinique (support technique et organisationnel)
Réalisation :
– premiers cas patients encadrés
– adaptation au contexte réel du bloc opératoire
– gestion des interactions équipe / robot
Enjeu : sécuriser la phase la plus critique de l’adoption
- Apprentissage pair-à-pair
Objectif : accélérer la montée en compétence par l’expérience
Principe :
– transmission entre chirurgiens
– partage de retours d’expérience concrets
– accompagnement centré sur la pratique, pas sur la technologie
Point clé :
Le chirurgien proctor est un pair, pas un technicien, ce qui conditionne l’adhésion des équipes
- Montée en autonomie progressive
Objectif : rendre les équipes pleinement autonomes dans l’utilisation du robot
Modalités :
– répétition des cas dans un délai court
– appropriation progressive du workflow complet
– diminution progressive du recours au support
– autonomie sur les cas complexes
Repère opérationnel :
– autonomie visée dans les 90 jours après la formation
– souvent atteinte en 4 à 6 semaines selon les retours terrain
Enjeu :
Passer d’une utilisation assistée à une pratique intégrée au quotidien
- Continuité de l’accompagnement
Objectif : éviter la rupture après les premiers succès
Dispositif :
– disponibilité du spécialiste clinique
– support à distance possible
– accompagnement lors de nouvelles indications
Enjeu :
Inscrire la robotique dans une dynamique d’amélioration continue