Urgences : sortir du dogme de la contrainte budgétaire ?

Un collectif de médecins urgentistes tire la sonnette d’alarme à l’approche de l’été. Il demande des lits d’hospitalisation d’aval, des infirmiers et des aides-soignants en nombre aux urgences, afin d’absorber le flux et soigner décemment, dans une tribune au Monde datée du 14 juin.

« L’été approche. De nouveaux lits vont fermer faute de personnels. Et alors qu’aujourd’hui il est déjà difficile de trouver des lits vacants pour nos patients, que va-t-il advenir de nos patients de l’été ? », se demande un collectif de plus de 150 médecins urgentistes signataires (lire la liste en fin d’article) d’une tribune publiée dans Le Monde, le 14 juin.
 
D’après le collectif, se focaliser sur l’amont revient à oublier que le patient ne vient pas aux urgences « par simple convenance personnelle ». Le véritable problème des urgences est ailleurs, selon les médecins urgentistes : « dans l’aval qui lui aussi étouffe, et en faire l’impasse est absurde et indécent. Les rapports, analyses, états des lieux l’ont dit et le rediront encore ».
 

L’optimisation organisationnelle a atteint ses limites

 
Le collectif estime également que l’optimisation organisationnelle a atteint ses limites, tout en rappellant ce qui est pour lui la priorité des priorités : des lits d’hospitalisation d’aval et des personnels dédiés à ces services.
 
Et de demander également des infirmiers et des aides-soignants « en nombre » aux urgences, pour « absorber le flux et soigner décemment ». Mais aussi des capacités d’accueil accrues de la permanence des soins.
 

Sortir du dogme de la contrainte budgétaire

 
Or, « sans investissement et à moyens constants, réussir cette tâche est illusoire. Il est urgent de sortir du dogme politique de la contrainte budgétaire », met en garde le collectif qui fait la prédiction suivante à l’approche de l’été :
 
« Les infirmiers, aides-soignants et médecins décideront de quitter à regret les services d’urgences qu’ils ont tenté de défendre parce que personne ne les a écoutés et parce que personne n’a agi. Là. Maintenant. »
 
Et d’interpeller les pouvoirs publics :
 
« Nous sommes, tout comme les infirmiers et les aides-soignants, des médecins abasourdis par l’aveuglement, la surdité et l’immobilisme incompréhensibles des responsables institutionnels. Les urgences vacillent. L’hôpital tout entier tangue. Nous l’avons dit, affirmé, crié. Qu’attendez-vous pour réagir ? »
 
Signataires de la tribune :
Anne-Laure Féral-Pierssens, médecin urgentiste (Paris)
Tahar Chouihed, médecin urgentiste (Nancy)
Jérome Bokobza, médecin urgentiste (Paris)
Yonathan Freund, médecin urgentiste (Paris)
Youri Yordanov, médecin urgentiste (Paris) ;
Anne-Laure Philippon, médecin urgentiste (Paris).
 
Pour découvrir la liste complète des plus de 150 signataires, rendez-vous ici.

Agnès Buzyn annonce des mesures pour les urgentistes :

Agnès Buzyn a profité de l’installation d’une mission nationale sur les urgences pour annoncer des mesures concrètes pour les urgentistes, le 14 juin. Premièrement, une prime individuelle de risque de 118 euros bruts (100 euros nets mensuel) versée à l’ensemble des professionnels des services d’urgence – hors médecins. Deuxièmement, une prime de coopération pour le personnel paramédical atteindra un montant de 100 euros bruts mensuels. Autres mesures : une enveloppe de recrutement d’effectifs en cas de situations exceptionnelles sera abondée de 15 millions d’euros ; le rehaussement du plafonnement des heures supplémentaires ou l’accélération du plan de modernisation des locaux et équipements des services urgences sera accéléré. Les conclusions de la mission nationale sont attendues à l’automne 2019.

 

Portrait de Julien Moschetti

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