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Chaque année, près de 20 millions de passages sont enregistrés dans les services d’urgence. Si la hausse continue observée pendant plus de vingt ans a été stoppée depuis le Pacte de refondation des urgences de 2019, la pression reste forte, notamment lors des périodes estivales et hivernales.
Devant les professionnels réunis au Congrès Urgences 2026, vendredi 5 juin à Paris, la ministre a reconnu que les services connaissaient encore « de fortes tensions pouvant conduire à des fermetures sèches temporaires ».
Selon le ministère, 30 à 40 % des patients accueillis aux urgences pourraient être pris en charge ailleurs. « Nos services d’urgence ne peuvent pas être la réponse à toutes les situations de soins », a déclaré Stéphanie Rist dans le communiqué présentant cette stratégie.
L’enjeu affiché est de recentrer les urgences sur les situations les plus graves, en développant des alternatives en ville, la régulation et une meilleure organisation de l’aval hospitalier.
Réorientation et régulation à l’entrée
Premier levier mis en avant : le Service d’accès aux soins (SAS), désormais généralisé à l’ensemble du territoire métropolitain, avec plus de 12 000 professionnels mobilisés. Le gouvernement veut consolider son fonctionnement, notamment en journée et en soirée, afin d’éviter que les urgences ne deviennent le recours par défaut lorsque les patients ne trouvent pas de solution de soins.
La ministre souhaite aussi mieux encadrer les centres de soins non programmés, qui peuvent constituer une alternative aux urgences, mais dont certains ont, selon elle, pu « déstabiliser l’offre de soins » en attirant des médecins urgentistes ou généralistes.
Autre axe : la réorientation des patients dès l’entrée des urgences lorsque leur état ne relève pas de la médecine d’urgence. Stéphanie Rist fixe l’objectif que « 100 % des services d’urgence pratiquent la réorientation d’ici deux ans ».
Le gouvernement entend également développer l’accès régulé aux urgences, via le 15. Selon la ministre, là où cette organisation a été mise en place, elle permettrait de faire baisser les passages d’environ 20 %, « sans aucunement dégrader l’accès aux soins ».
Une centaine d’établissements, identifiés avec les agences régionales de santé, devront mettre en place dès l’automne une régulation à l’entrée, afin d’anticiper les tensions hivernales. Les dispositifs jugés efficaces pourront être pérennisés.
Cette stratégie repose aussi sur les assistants de régulation médicale, au nombre de 3 500. « Passer la consigne à la population d’appeler le 15 avant d’aller aux urgences suppose que le premier décroché du Samu tienne », a insisté la ministre dans son discours.
Une campagne de sensibilisation lancée
Le gouvernement reconnaît que le désengorgement ne peut pas reposer uniquement sur l’amont. L’aval des urgences reste l’un des points noirs : faute de lit disponible ou de solution d’hospitalisation adaptée, des patients restent plusieurs heures sur des brancards, contribuant à saturer les services.
Plusieurs pistes sont avancées : développement des admissions directes, notamment pour les patients âgés, renforcement de la médecine polyvalente, de la gériatrie et des soins médicaux de réadaptation, meilleure gestion des lits, généralisation des bed managers et prise en charge plus structurée des usagers fréquents des urgences.
Stéphanie Rist a rappelé que 7 % des patients représentaient 25 % des passages aux urgences, plaidant pour une meilleure coordination avec les communautés professionnelles territoriales de santé et les dispositifs d’appui à la coordination.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/urgences-il-faut-se-preparer-un-nouvel-ete-sous-tension
Un rapport consacré à l’aval des urgences, confié à six personnalités qualifiées, doit être remis au gouvernement dans les prochaines semaines. Il doit nourrir une feuille de route nationale dédiée.
Le ministère prévoit enfin une campagne grand public autour d’un slogan : « Les urgences, ce n’est pas une évidence ! » Objectif : modifier les réflexes de recours aux urgences et mieux faire connaître les alternatives disponibles.
Dans son discours, la ministre a aussi cherché à rassurer les urgentistes sur les discussions autour de l’organisation des secours. Elle a affirmé ne vouloir « aucune remise en cause du périmètre de l’Aide médicale urgente » et a estimé que « le numéro unique n’est pas une voie d’avenir », tout en défendant une meilleure interopérabilité entre plateformes.