Toujours en exercice à 90 ans après 60 ans de carrière, le Dr Jean-Pierre Lyon juge la nouvelle génération

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Il fête cette année ses 90 ans. Il célèbre aussi, ce mercredi 1er juillet 2026, six décennies d'exercice de la médecine générale, dont cinquante passées dans le même cabinet à Alençon (Orne). Dr Jean-Pierre Lyon n'a jamais pris sa retraite, et n'a pas l'intention de le faire. Mais au-delà de la longévité, c'est son regard sur l'évolution du métier qui mérite qu'on s'y arrête, celui d'un homme qui a vu la médecine générale se transformer sous ses yeux, et qui ne s'en cache pas.

Toujours en exercice à 90 ans après 60 ans de carrière, le Dr Jean-Pierre Lyon juge la nouvelle génération

Dr Jean-Pierre Lyon

© TikTok / Midjourney x What's up Doc

Arrivé à Alençon à 29 ans après des études à Paris et un passage par l'hôpital du Havre, Jean-Pierre Lyon exerce dans le même cabinet depuis 50 ans. Cette continuité géographique reflète une continuité de pratique : « J'ai le contact étroit avec mes malades. De 8 h à 20 h, ils peuvent me joindre », confie-t-il à Ouest-France. « Il y a des gens que je soigne depuis cinquante ou soixante ans ! »

C'est précisément cette conception de la médecine générale, globale, continue, disponible, qui nourrit son jugement sur ses successeurs.

Un constat sans détour sur la jeune génération

Le ton se durcit quand il évoque la pratique actuelle : « Le jeune généraliste tient des rendez-vous, ne fait jamais de visite à domicile, ne travaille pas le week-end, ne fait pas de garde de nuit en ville, et dit à ses patients d'appeler le Samu… » Un constat qu'il résume sans détour : « La philosophie de la médecine a beaucoup changé. »

Sa critique vise en particulier le rôle croissant de prescripteur-aiguilleur vers les spécialistes, qu'il juge être un appauvrissement de la fonction : « À quoi sert le généraliste ? À faire des bons de transport ? C'est un téléphoniste, il ne soigne pas. » Il va jusqu'à craindre pour l'avenir même de la discipline : « J'ai un peu peur que ce soit la fin de la médecine générale. »

 « Il ne reste plus de médecins de campagne isolés, alors que ce sont les meilleurs généralistes. C'est la noblesse de la médecine générale », regrette-t-il.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/dr-howard-tucker-le-medecin-en-exercice-le-plus-vieux-du-monde-103-ans-aujourdhui

Un jugement à resituer dans son époque

Des propos qui, à la lecture, peuvent sembler sévères, voire déconnectés des réalités actuelles de la profession : charge administrative alourdie, aspirations différentes en matière d'équilibre de vie, féminisation du métier, évolution des maquettes de formation, ou encore contraintes réglementaires sur la permanence des soins que Jean-Pierre Lyon n'a pas connues au même degré à ses débuts. La disponibilité totale qu'il a incarnée toute sa carrière est aussi le fruit d'un modèle d'exercice solitaire, ancré dans une ville dont il n'a jamais bougé, sans les impératifs de coordination pluriprofessionnelle qui structurent la médecine de ville aujourd'hui.

Son jugement est celui d'un homme d'une autre génération, façonné par une autre organisation des soins, mais il pose, à sa manière abrupte, une question que la profession continue de se poser elle-même : celle du périmètre et du sens du soin en médecine générale.

« Même si je gagnais cent millions d'euros, je ne changerais rien… Bon, j'engagerais peut-être un jardinier à plein temps ! », glisse-t-il, avant de conclure : « Je continuerai tant que le bon Dieu décide qu'il a besoin de moi et m'appelle à lui. »

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