Télémédecine : prêts pour le raz de marée ?

Six mois après l’entrée en vigueur du remboursement de la télémédecine, l’Assurance maladie dresse un premier bilan plus que prometteur.
 

7 939. C’est le nombre d’actes de téléconsultations pris en charge par l’Assurance Maladie en date du 17 mars 2019, soit six mois après l’entrée en vigueur du remboursement de la télémédecine, indique l’Observatoire des mesures conventionnelles dans un communiqué publié le 26 mars.
 
Effectué à partir des facturations des téléconsultations, ce bilan reflète une montée en charge progressive qui s’est cependant accélérée depuis le début de l’année 2019. En effet, le nombre moyen d’actes se situait en-dessous de 200 actes par semaine en 2018, à l’exception de la semaine de Noël. II dépasse désormais la barre des 700 actes hebdomadaires depuis la mi-février.  
 
Une accélération qui s’explique par le temps nécessaire pour déployer des outils techniques et d’appropriation de la part des praticiens et patients, estime l’Observatoire des mesures conventionnelles qui évoque également « la diffusion très récente de solutions techniques permettant de faciliter la programmation des téléconsultations et sécuriser les échanges de données médicales que celles-ci supposent ».
 
Si l’on regarde de plus près les professionnels de santé à l’origine de ces actes, on s’aperçoit que ce sont les médecins généralistes qui les pratiquent le plus (40,2% des actes facturés), suivis de près par les autres spécialistes (32,2%).
 
Également engagés dans ces nouvelles pratiques, les centres de santé qui génèrent près d’un cinquième de ces actes (19,9%). Enfin, les établissements de santé réalisent les 7,7% restantes, le plus souvent facturées dans le cadre des consultations externes.

La téléconsultation devrait s’amplifier dans les prochains mois

 
Mais le meilleur (ou le pire ?) est à venir. Puisque le développement de la téléconsultation devrait s’amplifier dans les prochains mois « à la faveur de nouvelles avancées conventionnelles visant à favoriser la participation d’autres professions de santé à la réalisation de ces consultations », estime l’Observatoire des mesures conventionnelles.
 
C’est déjà d’ailleurs le cas, puisque les pharmaciens ont signé le 6 décembre dernier l’avenant 15 à la convention médicale sur la télémédecine, ce qui leur permet désormais de s’appuyer sur le réseau officinal et la proximité d’accès qu’il offre à la population.
 
Quant aux centres de santé, ils ont signé le 5 mars l’avenant 2 à l’accord national, ce qui leur donne accès aux mêmes aides financières à l’équipement que celles dont bénéficient les médecins libéraux.
 
Les infirmiers libéraux devraient suivre la même voie puisque l’accord, qui est actuellement en cours de finalisation, valorisera également leur intervention auprès d’un malade pour l’accompagner dans la réalisation d’une téléconsultation avec un médecin.

Soit on prend le train en marche, soit...

Enfin, les solutions prévues par l’avenant 6 se mettent en place petit à petit. Elles permettront à un patient sans médecin traitant, ou en cas d’indisponibilité de celui-ci, ou encore d’urgence médicale, d’avoir recours à la télémédecine.
 
Les premières organisations territoriales de médecins (notamment sous la forme de maisons et centres de santé, équipes de soins primaires et communautés professionnelles territoriales de santé) organisées pour effectuer des actes de télémédecine, en dehors du parcours de soins, sont d'ailleurs en cours de référencement. Trois sont déjà recensées dans l’Aube, l’Isère et La Manche.
 
C’est donc un ensemble de raisons qui expliquent par exemple le résultat de ce sondage : 3 médecins sur 4 estiment que la télémédecine fera partie de leur quotidien en 2030 1 .
 
Et, comme nous le disait le Dr Jean-Marie Pairin, un psychiatre de 32 ans qui s’est lancé depuis février 2018 dans l’aventure de la téléconsultation« soit on prend le train en marche, soit on se fera bouffer ! »
 
 
1 : Étude de la MACSF, élaborée à partir d'un questionnaire adressé en mai 2018 à 8 000 médecins sociétaires, de toutes spécialités et statut (hospitalier, salarié, libéral, interne).
 

Portrait de Julien Moschetti

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