Spécialités médicales « masculines » et « féminines » : mythe ou réalité en 2026 ?

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Spécialités d’hommes, spécialités de femmes ? Le genre n’explique pas tout, mais il oriente fortement les choix, souvent de façon invisible. Doucement, l’assignation est bousculée grâce à une société qui change et s’assume.

Spécialités médicales « masculines » et « féminines » : mythe ou réalité en 2026 ?

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« Je suis comme une princesse à la maison ! »  Marion Delpont, 44 ans, est chirurgienne en orthopédie pédiatrique (chirurgie orthopédique et traumatologique 12e spé choisie par les femmes, 10e par les hommes, voir tableaux de ci-dessous) et sa vie de famille est gérée par son mari. « Chez nous, le système est inversé. J’ai le métier à responsabilité et je fais bouillir la marmite. » 
Et son conjoint la prépare chaque jour. Cuisinier de métier, il lave et plie aussi le linge, remplit le frigo et nettoie la maison ; s’occupe des devoirs, activités et rendez-vous médicaux de leur fils. Ce qui n'est pas si courant. D’ailleurs, quel homme dirait : « Je suis comme un prince à la maison », lorsqu’il trouve le matin ses chemises bien rangées et propres et un bon repas au retour du travail ? L’ère du « coq en pâte » n’est pas encore derrière nous.

L’équilibre familial revisité 

Les femmes ne choisissent plus leur spécialité en fonction du nombre d’astreintes et de gardes. Valentine Giland, 29 ans, est par vocation gynécologue-obstétricienne, sa « spécialité de rêve » (18e spé la plus choisie par les femmes, 24e par les hommes). Un choix assumé pour une discipline devenue chirurgicale dans les années 1950-1960, exigeante physiquement et mentalement, rythmée par les gardes, les blocs imprévus et les complications qui s’éternisent. 
Malgré cela, la spécialité s’est fortement féminisée. Elles sont, par exemple, six représentantes du sexe féminin dans sa promotion. Valentine y voit un tournant : « La santé des femmes s’est imposée dans le débat public, notamment après les faits autour des violences gynécologiques et obstétricales. La discipline n’est plus un second choix pour chirurgiens recalés. Elle attire des médecins pleinement engagés. » 

Certaines patientes refusent désormais d'être suivies par des hommes


Face à ses collègues masculins, elle observe des réalités différentes. Certaines patientes refusent désormais d’être suivies par des hommes, les internes et chefs de clinique doivent composer avec ces réticences. Valentine y voit un changement plus large, une rupture avec la posture paternaliste, une pratique plus horizontale. Ne pas se penser « surhumain ». Être accessible, sans perdre la distance nécessaire. 
Jeune maman, c'est là aussi son conjoint qui supporte majoritairement la charge de l’organisation familiale. Moins bien classé, il a choisi la médecine générale et a suivi sa compagne dans son CHU. Aujourd’hui assistant en physiologie, il exerce dans un cadre plus prévisible, sans gardes lourdes. Pourtant il se rêvait chirurgien orthopédique, mais finalement n’envie pas sa vie à elle, faite de nuits et d’urgences.

Souvent le choix de l'homme comptait en premier

À l’époque du concours Nord-Sud, dans les années 90, il n’était pas rare que dans un couple d’internes, le choix se porte vers la ville qui offrait le meilleur avenir à l’homme. 
Albane, 54 ans, est endocrinologue libérale dans l’Ouest après des années au CHU. À l’internat, elle avait brillamment réussi dans le Sud, pas lui. Déjà engagés ensemble, ils s’étaient alors dirigés vers une ville du Nord où le conjoint d’Albane avait pu choisir sa spécialité de convoitise, la cardiologie ; elle-même se rabattant sur l’endocrinologie, faute de pouvoir choisir la gynécologie. « À l’époque c’était un choix normal. Aujourd’hui – enfin demain – ma fille fera probablement autrement. »

Les pionnières ont certainement aidé

« Se destiner à une spécialité d’homme, cela étonnait. » Il y a tout juste 20 ans, Marion Delpont a été parmi les premières à choisir la chirurgie. C’était dans sa tête, dès le collège, et très vite elle s’est focalisée sur l’orthopédie, puis l’orthopédie pédiatrique, pour la diversité des interventions. « Il y avait au maximum une représentante du sexe féminin par promotion. On essayait ne nous dissuader, à coup de "C’est difficile la chirurgie", sous-entendu : pour une femme. » 
Une spécialité réputée « physique », pour laquelle Marion ira même jusqu’à faire de la musculation avant de commencer. Inutile finalement. D'autant plus aujourd'hui, avec les tables de traction et la mise en place d’une instrumentation adaptée. Avec ses co-internes, tout s’est bien passé. Les tensions sont venues plutôt de certains seniors : exigence accrue, on ne lui laissait rien passer. Une fois, une phrase lâchée au bloc : « Les femmes en chirurgie, ça n’existe pas. » Elle est juste derrière. Elle ne lâche pas. Elle s’ancre. 

La chirurgie, un métier d'homme ? 

Pour autant, elle n’a pas gardé l’impression d’avoir subi de pression particulière en tant que femme… même si des souvenirs remontent peu à peu : le fait d’avoir travaillé jusqu’au dernier jour avant son accouchement (il y a 14 ans), gardes et astreintes comprises, « car ils s’étaient mal organisés pour leurs congés ! »… ou bien un jour de « congé enfant malade », pris alors que son emploi du temps le permettait et qui lui a valu convocation : « Je ne pouvais pas faire un métier d’homme et vivre comme une femme. J’avais de l’argent et devais me débrouiller avec des nounous. » 
Aujourd’hui, Marion dirige une équipe d’orthopédie pédiatrique. Elle avance avec une autorité naturelle au milieu d’une parité équilibrée : deux femmes PH, un homme et un équilibre similaire pour les assistants et attachés.

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Et quid des garçons qui s’engagent dans des spécialités dites féminines ? 

En pédiatrie (28e spécialité choisie par les femmes, 30e chez les hommes), on dénombre au grand maximum un ou deux garçons par promo de 13 ou 14 internes à Montpellier.

Iliès Ouhab a rejoint cette voie après un an en tant qu’urgentiste (34e spé choisie par les hommes, 38e par les femmes). Issu d’une fratrie de cinq, il a ce contact naturel avec les enfants et préfère « travailler sur un avenir et un devenir. » Attiré par la néonatologie, encore plus féminisée, il ne remarque pas de défiance. Il impressionne même ses collègues femmes par son aisance dans la manipulation des nouveau-nés. 
Du côté des familles, les réactions viennent surtout des pères face au décalage entre sa pratique quotidienne – changer, nourrir, porter… – et la place traditionnellement assignée aux hommes dans les couples. Finalement, les pères le préfèrent. Pour Iliès, les lignes bougent à l’hôpital. Dans ce paysage en transition, sa trajectoire ne se veut pas militante. Elle s’impose comme une évidence professionnelle — et, de fait, comme un signal discret que les frontières de genre à l’hôpital ne sont pas immuables.

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Classement 2026 des spécialités choisies par les internes femmes

Classement internes femmes

Classement 2026 des spécialités choisies par les internes hommes

Les 3 spécialités les plus genrées en 2026

  1. Neurochirurgie – 9 places d’écart
    Femmes : 22e place (rang médian 2805)
    Hommes : 13e place (rang médian 2216)

La neurochirurgie est nettement plus haut placée chez les hommes. Le rang médian indique aussi une sélectivité plus forte chez les hommes.

  1. Urologie – 8 places d’écart
    Femmes : 14e place (rang médian 2074)
    Hommes : 22e place (rang médian 2896)

L’urologie est choisie plus tôt par les femmes dans le classement. Le rang médian (2074 vs 2896) traduit une spécialité plus sélective côté féminin.

  1. Hématologie – 8 places d’écart
    Femmes : 27e place (rang médian 3201)
    Hommes : 19e place (rang médian 2640,5)

L’hématologie est significativement plus haut placée dans le classement masculin. Là encore, le rang médian montre une plus forte sélectivité masculine pour cette spécialité.

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