Soupçons d'acharnement thérapeutique, harcèlement, sexisme... La réanimation pédiatrique de l'hôpital Bicêtre dans la tourmente

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Une enquête du Nouvel Obs révèle de lourdes accusations visant le service de réanimation pédiatrique de l’hôpital Bicêtre AP-HP (Val-de-Marne), et particulièrement son chef. Soupçons d’acharnement thérapeutique, humiliations, brimades et propos sexistes… Une enquête préliminaire a été ouverte pour harcèlement moral, après un signalement d’un syndicat d’interne local. 

Soupçons d'acharnement thérapeutique, harcèlement, sexisme... La réanimation pédiatrique de l'hôpital Bicêtre dans la tourmente

© ChatGPT x What's up Doc

D’après Le Nouvel Obs, l’affaire a débuté après l’alerte lancée par deux anciennes docteures juniors passées par le service, toutes deux placées en arrêt maladie au printemps. Elles ont saisi en mars le Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP), qui a ensuite mené une enquête auprès d’anciens internes du service.

Selon le rapport du syndicat cité par l’hebdomadaire, 77 % des 74 internes passés par cette réanimation pédiatrique au cours des cinq dernières années ont jugé l’ambiance du service « tendue à toxique ». Les témoignages recueillis évoquent notamment un apprentissage « dans la peur », des « propos insultants » ou encore un « manque d’éthique ».

Un signalement du SIHP a été transmis le 20 avril au procureur de la République, ayant conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire pour des faits de harcèlement moral, selon Le Nouvel Obs. La cellule d’alerte du CNOM a également été saisie dans le même temps, et l’AP-HP a de son côté ouvert une enquête interne, dont les conclusions sont attendues en septembre.

Humiliations et acharnement thérapeutique                        

Les accusations visent tout particulièrement le Pr T., chef du service de réanimation pédiatrique. Plusieurs soignants décrivent au journal un chef de service autoritaire, sujet à des accès de colère et habitué à humilier les internes lors des transmissions ou des gardes. 

Au-delà des conditions de travail, plusieurs témoignages rapportent des situations de soins jugées problématiques. Des soignants évoquent des prises en charge très invasives chez des enfants en fin de vie ou en impasse thérapeutique, qui s’apparentaient pour certaines à de « l'acharnement thérapeutique » voire à une « une forme d’expérimentation »

Un cas récent, celui d’une fillette de 6 ans atteinte de diphtérie, est particulièrement mis en avant par plusieurs témoins, qui estiment qu'elle aurait été traitée comme « un rat de laboratoire » jusqu’à la fin. Selon Le Nouvel Obs, l’enfant, non vaccinée, avait été placée sous ECMO, une assistance circulatoire lourde, avant que son état ne se dégrade fortement. 

Alors qu’elle recevait « des soins très lourds » et probablement très douloureux, allant jusqu’à la nécrose de ses doigts, des soignants auraient demandé une discussion collégiale sur une éventuelle limitation des traitements. Mais celle-ci n’aurait été organisée qu’après plusieurs sollicitations, le Pr T. étant décrit comme peu enclin aux réunions collégiales. 

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Les traitements ont finalement été arrêtés, mais le chef de service – pourtant en relation quotidienne avec les parents de la jeune patiente – aurait laissé d’autres médecins leur annoncer son décès. Il faisait « passer l’intérêt de ses patients après la perspective de se surpasser », selon un témoignage figurant dans le rapport du SIHP. 

Sexisme et « boy’s club » 

L’enquête de l’hebdomadaire fait également état de propos sexistes et sexualisés rapportés par plusieurs internes, médecins et infirmiers, qui décrivent le service comme un « boy’s club ». Le rapport du SIHP cite notamment des remarques visant des femmes du service et des propos tenus devant des soignants. Un ancien soignant résume ainsi l’ambiance décrite : « En six mois, j’ai passé beaucoup plus de temps à entendre parler de cul qu’à apprendre la médecine ».

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En réaction, l’AP-HP a indiqué au Nouvel Obs avoir désigné deux référents pour les internes dans le service, ainsi qu’un référent universitaire extérieur, et prévu l’intervention d’une psychologue du travail. De nouveaux internes ont intégré le service le 4 mai, après avoir été informés du plan d’action et de la possibilité d’être réaffectés, selon l’institution. 

Contacté lui aussi, le doyen de la faculté de médecine de Paris-Saclay, le Pr Marc Humbert, juge les résultats du sondage des internes « très préoccupants » et dit s’associer aux démarches de l’AP-HP.

Quant au Pr T., qui n’a pas souhaité s’exprimer sur les éléments rapportés, il ne fait à ce stade l’objet d’aucune plainte ni condamnation. 

 

L'enquête du Nouvel Obs est à retrouver en intégralité ici
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