« On se demande à quoi on sert » : Au CHRU de Nancy, l’IA opère désormais seule, sans chirurgien

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Le CHRU de Nancy (Meurthe-et-Moselle) devient le premier établissement de santé au monde à expérimenter un dispositif d’intelligence artificielle capable de réaliser des chirurgies lourdes sans intervention humaine. Une innovation technologique qui suscite autant de fascination que d’inquiétude chez les chirurgiens.

« On se demande à quoi on sert » : Au CHRU de Nancy, l’IA opère désormais seule, sans chirurgien

© Midjourney x What's up Doc

 

La médecine du 21e siècle franchit un nouveau cap. Selon la direction du CHRU, l’outil a déjà permis de réaliser, en conditions réelles, plusieurs interventions complexes : transplantations hépatiques, pontages coronariens et même une simulation de séparation de siamois thoracopages, réalisée en moins de quatre heures « sans pause café, ni conflit d’équipe ».

Développé par la start-up britannique ScalpAI, le système – baptisé AutoSurgeon – combine robotique de haute précision, imagerie temps réel et apprentissage profond. 

Relié à plus de 12 millions de dossiers médicaux anonymisés, il serait capable « d’anticiper les complications avant même qu’elles ne surviennent », affirme l’entreprise dans un communiqué. 

L’algorithme ajuste en continu ses gestes en fonction des constantes du patient, allant jusqu’à modifier sa stratégie opératoire en pleine intervention.

Vague de licenciements à craindre

Mais au CHRU, c’est surtout la méthode de déploiement qui fait grincer des dents. Selon plusieurs sources internes, le dispositif aurait été installé au bloc opératoire dans la nuit de samedi à dimanche, sans information préalable des équipes. Résultat : des retards de prise en charge et une certaine confusion dans les services.

« J’ai pris mon service à 7h, et quand je suis arrivé au bloc, j’ai vu un patient ouvert sans équipe visible autour de la table. J’ai d’abord cru à un exercice de simulation mal organisé », raconte à What's up Doc le Dr Julien Tranchant, chirurgien digestif. « Puis une voix synthétique m’a demandé de ne pas toucher au champ opératoire. Là, j’ai compris qu’on avait changé d’époque ». 

D’après les estimations des syndicats hospitaliers locaux, la généralisation de l’outil pourrait menacer jusqu’à 60 % des postes médicaux et paramédicaux, tous services confondus. Rapporté en volume, cela représenterait entre 400 et 600 professionnels à l’échelle de l’établissement.

« On ne nous a rien demandé, et aujourd’hui on se retrouve à observer une machine faire notre métier mieux que nous. On se demande à quoi on sert », déplore une infirmière de bloc. « Même pour se plaindre des astreintes, elle est plus efficace ». 

Redéfinir la place du chirurgien

Contactée par What’s up Doc, la société ScalpAI temporise : « Il n’est pas question de remplacer les chirurgiens, mais simplement de démontrer qu’ils ne sont pas irremplaçables. Nous pensons que cela peut contribuer à apaiser certaines tensions hiérarchiques et à contenir les égos ». 

L’entreprise assure également que les équipes humaines conservent un rôle essentiel, notamment « pour appuyer sur le bouton ON en début de journée ».

Côté patients, les premiers retours se veulent rassurants, sinon déroutants. Faustine, 32 ans, opérée avec succès d’une tumeur pancréatique lundi matin, se dit « impressionnée » par son parcours périopératoire.

« Je n’ai vu personne au bloc, mais tout s’est très bien passé », débriefe-t-elle. « Et puis l’anesthésiste qui m’a endormie, lui, était humain. Enfin je crois… il m’a quand même dit :  “mise en veille en cours” avant de commencer ». 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/dr-laurent-alexandre-les-etudes-de-medecine-ne-servent-rien-nentrez-pas-la-fac-vous-allez

La direction du CHRU annoncera un premier bilan dans trois mois. En attendant, plusieurs praticiens envisagent déjà une reconversion. 

« On réfléchit à se former à la maintenance des robots », confie à What’s up Doc un chef de service, qui a préféré garder l’anonymat. « Apparemment, il y a encore des bugs. Pour l’instant ».

 

Aucun robot n'a été blessé pendant la rédaction de cet article. Toute l'équipe de What's up Doc vous souhaite un joyeux poisson d'avril !
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