Remplacements : quand la crise sanitaire devient celle de l’emploi…

10% des remplaçants généralistes sans revenus en avril, selon une étude de ReAGJIR. Face à la chute du nombre de consultations en cabinet, les généralistes et leurs remplaçants ont connu une baisse d’activité de 52 % en moyenne en avril.

Pendant les deux mois de confinement, une majorité de patients n’a pas pris de rendez-vous avec un généraliste. De fait, les cabinets médicaux ont tourné au ralenti et une partie des remplaçants n’ont pas ou plus eu de contrats. Afin de quantifier la perte financière que cela pouvait représenter pour les jeunes généralistes, le syndicat ReAGJIR a questionné 1375 médecins installés ou remplaçants ainsi que des chefs de clinique. Tous en poste depuis moins de cinq ans. Résultat la quasi-totalité (92,4 %) des sondés note une perte de revenus en moyenne de 40 % pour mars et 52 % pour avril.
Dans le détail, 42 % des remplaçants expliquent avoir vu au moins deux missions annulées alors qu’un contrat avait déjà été signé. Nathalie, elle, est remplaçante à Marseille depuis trois ans. Pendant la période du confinement, ses revenus ont été divisés par trois. « J’ai un remplacement régulier dans un cabinet, mais comme les patients sont moins venus, j’ai moins travaillé ». 
Pour la présidente de ReAGJIR, Laure Dominjon, cela reflète la précarité de ce statut, mais aussi « le peu de considération qu’on lui porte ». Dans l’enquête du syndicat, beaucoup racontent l’annulation parfois sans culpabilité de la part des remplacés, et l’envie de quitter le libéral pour trouver une activité exclusivement salariale. D’autant plus que 4,5 % des remplaçants n’ont eu aucun revenu en mars. 10 % en avril.

À cela, s’ajoute un manque d’informations sur les aides financières. Ou la crainte de ne pas être éligible. Très peu de libéraux interrogés disent avoir fait appel aux aides mises en place par le Fonds de Solidarité ou par la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (CARMF). Sur l’ensemble des personnes qui ont répondu à l’enquête, seuls 31 libéraux ont sollicité leur prévoyance, quand 10,4 % admettent ne pas en avoir. Ce qui fait dire à Laure Dominjon que ces aides ne sont pas égalitaires et que les remplaçants sont les grands oubliés de la crise sanitaire actuelle. « A ce jour, il n’y a pas d’aide financière spécifique pour les remplaçants, explique-t-elle. Nous ne demandons pas un traitement de faveur, mais juste une aide qui soit calculée sur le même principe que pour les médecins installés. » Elle raconte les revenus irréguliers des remplaçants et la crainte des mois à venir. 
Cette angoisse, 31 % des libéraux la partage. Les rendez-vous commencent à reprendre, mais pas dans les mêmes conditions. Gestes barrières, cabinet désinfecté entre chaque patient ou encore rendez-vous plus longs… Les remplaçants disent redouter une reprise tardive. Voire que leurs remplacements soient encore plus décommandés à cause de la perte financière à laquelle les cabinets médicaux ont dû faire face. Nathalie, elle, se veut optimiste. « Cela a été très compliqué pendant deux mois financièrement, d’autant plus que je n’ai pas été payée de ma mission de régulation au 15 du Samu. Mais maintenant ça repart donc ça va aller ». Quant aux aides financières, elle reconnait ne pas s’être penchée sur la question.
 

Portrait de Elodie HERVE

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