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« Comme l'avait dit Mohamed Ali : on a fait trembler le monde », s'est réjoui devant la presse ce médecin et épidémiologiste de 41 ans, après sa victoire face à Haley Stevens, candidate centriste soutenue par plusieurs figures du Parti démocrate.
En novembre, Abdul El-Sayed aura fort à faire pour battre le républicain Mike Rogers, soutenu par Donald Trump. Si les deux sénateurs du Michigan sont actuellement démocrates, le milliardaire républicain avait remporté cet État de plus de dix millions d'habitants lors de la présidentielle de 2024.
Pour l'emporter, Abdul El-Sayed compte sur une mobilisation de la base progressiste, révoltée contre le début du second mandat de Donald Trump.
Musulman pratiquant, à la barbe fine soigneusement taillée, le vainqueur de la primaire a tenu mercredi à remercier ses soutiens, à commencer par Bernie Sanders, figure majeure de la gauche américaine.
« Il est là depuis le premier jour », a salué Abdul El-Sayed, dont la victoire s'inscrit dans une série de succès récents du mouvement progressiste aux Etats-Unis, notamment avec l'élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York.
Médecin de santé publique
Né à Detroit d'un père immigré égyptien et d'une mère originaire du Michigan, Abdul El-Sayed a suivi un parcours académique prestigieux : diplômé de l'université du Michigan et de Columbia à New York, il a également étudié à Oxford en Angleterre grâce à la bourse Rhodes.
Titulaire d'un diplôme de médecine, il n'a toutefois pas suivi de spécialisation clinique et s'est orienté vers l'épidémiologie et la santé publique. Ses recherches ont notamment porté sur les inégalités - notamment raciales - de santé, l'accès aux soins et les effets de l'environnement social sur la maladie.
En 2018, il avait échoué à remporter l'investiture démocrate pour l'élection au poste de gouverneur. « Ma famille a immigré dans ce pays d'un endroit où il n'y a pas de démocratie. Vous ne pouvez pas simplement lever la main et vous présenter » à une élection, a-t-il déclaré hier.
Pour une sécu américaine
Parmi les priorités de son programme, Abdul El-Sayed veut d'abord « expulser l'argent de la politique ». Il refuse les contributions financières des grandes entreprises et groupes d'intérêts et dénonce l'influence de l'Aipac, organisation soutenant les candidats favorables à Israël. Sa rivale démocrate avait bénéficié du soutien financier massif de groupes liés à l'Aipac.
Abdul El-Sayed promet également de « remettre l'argent dans la poche » des Américains en luttant contre le coût de la vie, thème majeur de la campagne des élections de mi-mandat.
Mais le médecin de formation porte surtout un programme de santé conséquent. Ancien responsable de la santé publique de Detroit puis des services sanitaires et sociaux du comté de Wayne, qui englobe la ville, il a notamment supervisé des actions de dépistage du plomb dans les écoles et un programme destiné à alléger les dettes médicales d'habitants modestes.
Il milite surtout pour « Medicare for All », un régime public d'assurance maladie couvrant l'ensemble de la population, y compris les soins dentaires, auditifs et ophtalmologiques, sans franchise ni reste à charge.
Cette réforme, défendue de longue date par Bernie Sanders, remplacerait en grande partie les assurances privées et reste vivement combattue par les républicains, qui dénoncent son coût pour les finances publiques.
Dénigré, insulté, discriminé
Face à ce programme résolument à gauche, les républicains présentent Abdul El-Sayed comme un dangereux extrémiste, en mettant aussi l'accent sur son identité arabe et musulmane.
A l'annonce des résultats mercredi, Donald Trump a ironisé sur la victoire de celui qu'il qualifie de « communiste », estimant qu'il s'agissait d'une « excellente nouvelle » pour les républicains.
Le groupe républicain au Sénat est allé jusqu'à affirmer sur X qu'« une alliance de communistes et d'islamistes prend le contrôle du Parti démocrate ». La sénatrice républicaine Katie Britt l'a également accusé d'être un « sympathisant jihadiste ».
Abdul El-Sayed a fustigé mercredi cette campagne « acerbe » menée par son rival Mike Rogers, Donald Trump et leurs alliés du mouvement MAGA. Il s'est aussi amusé du fait que ses adversaires utilisent son nom complet, Abdulrahman Mohamed El-Sayed, comme épouvantail.
Avec AFP
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