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Plusieurs antipsychotiques de nouvelle génération autorisés au niveau européen ne sont pas commercialisés en France. C’est notamment le cas de la cariprazine, du brexpiprazole, de la ziprasidone, de l’asénapine et de la lurasidone.
« Le cas le plus emblématique est celui des antipsychotiques de nouvelle génération : la cariprazine, le brexpiprazole, la ziprasidone, l’asénapine et la lurasidone. Sur ces cinq molécules qui ont obtenu une AMM ces dernières années dans la schizophrénie, aucune n’est disponible en France, en raison d’un échec des négociations sur le prix entre les laboratoires et l’administration », explique le Pr Fabien Vinckier, psychiatre et chercheur en neurosciences au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences dans une enquête du Point.
En France, la mise sur le marché et le remboursement d’un médicament reposent sur l’évaluation de la Haute Autorité de santé (HAS), qui analyse le service médical rendu (SMR) et l’amélioration du service médical rendu (ASMR). Lorsque l’ASMR est jugée faible ou nulle, le prix négocié avec le Comité économique des produits de santé devient souvent trop bas pour que les laboratoires commercialisent le produit.
Une évaluation critiquée par certains psychiatres
Pour plusieurs cliniciens, cette logique d’évaluation ne prend pas suffisamment en compte la variabilité des réponses individuelles aux traitements.
« L’administration reste figée sur une lecture simpliste des données médico-scientifiques qui nie la variabilité individuelle, omniprésente en psychiatrie », estime le Pr Philippe Domenech, psychiatre et co-directeur scientifique de l’Institut de neuromodulation du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences. « Un patient peut ne pas répondre à la molécule A, mais être sauvé par la molécule B. En bloquant l’accès à la molécule B, on prive de soins une bonne partie des malades. »
Certains psychiatres citent notamment la cariprazine, qui agirait sur les symptômes négatifs de la schizophrénie — apathie, retrait social ou troubles de la motivation — souvent peu améliorés par les antipsychotiques plus anciens.
« Le principal essai clinique qui a démontré l’efficacité de la cariprazine a été fait dans les règles de l’art, il a été publié dans l’une des meilleures revues toutes spécialités confondues et il a globalement été largement salué au niveau international », affirme le Pr Vinckier toujours dans Le Point.
Hors AMM et contraintes budgétaires
Au-delà des nouveaux antipsychotiques, d’autres difficultés concernent l’usage de molécules prescrites hors autorisation officielle d’indication. Certains médicaments sont disponibles en France mais non remboursés lorsqu’ils sont utilisés en psychiatrie.
« En psychiatrie, [le pramipexole] est utilisé pour la dépression résistante, un usage qui s’appuie sur des essais cliniques et les recommandations internationales des autorités de santé américaines, britanniques ou encore de l’Association Française de Psychiatrie Biologique et de Neuropsychopharmacologie », rappelle le Pr Vinckier.
Certaines innovations, comme l’eskétamine dans la dépression résistante, restent également difficiles à déployer à l’hôpital en raison de contraintes budgétaires.
La réponse de la HAS
La Haute Autorité de santé défend pour sa part la rigueur de son processus d’évaluation.
« Si les médicaments sont mal notés ou refusés, ce n’est pas parce que la France est trop sévère, mais parce que les dossiers présentés sont scientifiquement faibles », affirme le Pr Pierre Cochat, président de la Commission de la transparence de la HAS au Point.
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