Politiques, prenez position (et foutez-nous la paix)

Un think tank veut faire de la santé un enjeu de campagne

À un an de l’élection présidentielle, le Think Tank Économie Santé s’est pris d’une ambition : ériger la santé en enjeu de campagne. Un pari audacieux à l’heure où les thématiques économiques et sécuritaires dominent les débats. Quelle mouche a donc piqué le labo d’idées ?

 

« Les Français sont satisfaits à 84 % de leur système de santé », explique le Dr Philippe Leduc, directeur du Think Tank Économie Santé, « mais ils ont le sentiment qu’il s’est dégradé depuis dix ans. » En cause, un système de soins peu lisible et qui peine à s’adapter. « Mais pour les politiques, le sujet est soit inexistant, soit trop dangereux ».

Dans sa recommandation de cette année, le think tank préconise ainsi aux candidats de se positionner sur les enjeux brûlants de la santé : la coordination et la clarification des parcours de soins, l’avènement des nouvelles technologies en médecine, l’approche territoriale de la santé, ou encore – tiens donc – le financement de l’assurance maladie.

Légiférer nuit à la santé

À l’Hôtel de l’industrie où le Think Tank Économie Santé dévoilait hier ses propositions, de nombreux acteurs de la santé avaient répondu présent. Mais au fil des interventions, un sentiment se fait jour : s’il est une préconisation partagée par tous, c’est surtout de… lâcher la grappe aux acteurs locaux.

« On a tout à disposition : la boite à outils existe. Il faut arrêter de créer de nouvelles lois et de nouveaux dispositifs », exhorte Elisabeth Hubert, présidente de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (Fnehad). « Légiférez de manière modérée », conjure Jacques Lucas, vice-président de l’Ordre.

Le pari de la confiance

« Allez-vous foutre la paix aux territoires ? » assène, plus fleuri, Benoit Péricard, responsable santé pour la société d’audit KPMG et ancien directeur d’hôpital. « Les décisions courageuses locales sont remises en cause au niveau national », déplore-t-il. Excédés par une gouvernance jacobine, les intervenants exhortent les politiques à faire confiance aux acteurs locaux.

Mais l’État doit-il se contenter de réguler la santé d’une main légère ? Pour Elisabeth Hubert, la puissance publique a quand même de grands chantiers auxquels s’atteler. À commencer par une réforme de la formation. « De plus en plus, les professionnels vont être appelés à coopérer et se coordonner, et ce n’est pas pris en compte dans les formations », prévient-elle.

L’échange d'informations en santé

Autre question brûlante où l’administration a un rôle de premier plan à jouer : la création de systèmes d’information partagés. « Il faut mettre en place une capacité d’échange d’informations en temps réel, pas un DMP-like, qui permette d’officialiser la télémédecine », poursuit Elisabeth Hubert, ainsi que d’informer les patients sur la qualité des soins.

La solution est pourtant à portée de main. « En France, on a sans doute la meilleure collecte de données de santé du monde », rappelle Christian Anastasy, directeur général de l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé (Anap). Un trésor qui repose dans les bases de données de l’Assurance maladie et ne demande qu’à être exploité.

Le changement, c’est quand ?

En somme, la recette pour un meilleur système de santé tiendrait en deux mots : une vision et une régionalisation enfin assumée. Reste à voir si les politiques – qui ne se bousculaient ni sur l’estrade ni dans la salle – voudront jouer le jeu. D’après le think tank, les propositions ont déjà été relayées au sein du Parti socialiste et des Républicains. En attendant que les candidats y pensent en se rasant le matin.

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

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