Personnes âgées et surmédication, un cocktail explosif

Il vaut mieux voir le pilulier à moitié plein

Le problème de surmédication des seniors a de nouveau fait parler de lui ces dernières semaines dans la presse internationale. Mais la surprescription ou les combinaisons hasardeuses ne sont pas qu’une spécificité outre-Atlantique.

 

 

C’est un sujet qui revient régulièrement sur le devant de la scène. Le Ottawa Citizen avait ouvert le bal fin février(lien) avec une étude de l’Institut Bruyère, pointant du doigt la mauvaise médication de nos ainés. Forbes a surenchéri hier en publiant les résultats de l’Université de l’Illinois (lien) selon lesquels un senior sur six prendrait des combinaisons médicamenteuses potentiellement mortelles.

Un pilulier bien rempli

Le Professeur Olivier Guérin, gériatre au CHU de Nice, Vice –Président de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), confirme les doutes que l’on pouvait avoir : les seniors français n’échappent pas à ce problème. Non seulement ils souffrent de médication à outrance, mais en plus ils sont trop peu surveillés. Une négligence qui amène à des combinaisons médicamenteuses parfois fatales. Olivier Guérin estime que chaque année, 10 000 personnes sont victimes d’iatrogénie médicamenteuse en France, essentiellement des personnes âgées. 

La responsabilité, si on peut l’appeler ainsi en incombe au caractère polypathologique de ces patients particuliers. Suivis par de nombreux spécialistes, et traités par de nombreuses ordonnances, le patient senior peut rapidement se retrouver avec un stock de médicaments à faire pâlir d’envie son pharmacien. 

Le changement c’est maintenant (ou presque)

De son positionnement de gériatre, Olivier Guérin, tire un constat implacable : « si on traite un patient avec trois maladies chroniques, il se retrouve à prendre quinze médicaments. C’est inéluctable, l’accumulation le tuera. » Un délicat équilibre que le gériatre se retrouve souvent à gérer là où le généraliste serait en réalité plus pertinent. « Les seniors voient bien plus leur médecin traitant que nous » ajoute-t-il.

On constate en effet que le patient âgé se confronte bien souvent à des interlocuteurs qui n’ont pas de vision d’ensemble. Le rôle du pharmacien dans cette vigilance est alors primordial : « en moyenne, le patient âgé voit huit fois plus son pharmacien que son médecin. » affirme-t-il. Un chiffre qui met en exergue le rôle charnière de ce professionnel de la santé dans la gestion de l’observance médicamenteuse chez nos aînés.

Et si Olivier Guérin constate que la prise de conscience est aujourd’hui effective, il reste néanmoins certaines modifications profondes du système de santé qu’il faudrait mettre en place. Des dispositifs qui permettraient de reléguer la surmédication au rang de mauvais souvenir, et qui changerait radicalement la façon dont le praticien appréhende le patient âgé. « Un verrou organisationnel, dont la tarification à l’acte est l’un des principaux obstacles au suivi correct d’un senior » note-t-il.

En clair, traitons peu mais traitons bien. 

Source: 

Johana Hallmann

Portrait de La rédaction

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