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Dans un communiqué commun signé notamment par la Société française de médecine périnatale (SFMP), le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le Collège d’anesthésie-réanimation en obstétrique (Caro), la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité (FFRSP) et la Société française d’anesthésie et de réanimation (Sfar), les professionnels alertent sur un « désastreux effet domino » susceptible de « précipiter le naufrage de l’offre de soins en périnatalité ».
Une mesure jugée contre-productive
L’ARS Nouvelle-Aquitaine prévoit, sur la base d’un décret de février 2025, de procéder à des réquisitions dites « supra-territoriales », permettant de mobiliser des obstétriciens et pédiatres pour renforcer des maternités en difficulté, y compris en dehors de leur établissement ou de leur département d’origine.
Présentée comme un moyen d’éviter des fermetures de services, cette mesure constitue selon les signataires « une vieille recette qui consiste à déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Jusqu’ici, les autorités privilégiaient déjà le report d’activité entre établissements sans augmentation des moyens, rappellent-ils.
Les sociétés savantes redoutent désormais un seuil supplémentaire, avec des équipes « amputées » dans les hôpitaux d’origine et des conditions d’exercice dégradées dans les structures d’accueil. Faire intervenir des praticiens dans des équipes et avec des protocoles qu’ils ne maîtrisent pas « expose mécaniquement à une altération de la qualité des prises en charge », soulignent-elles.
Des tensions accrues sur les soignants
Au-delà des enjeux de sécurité, les organisations pointent des conséquences directes sur les professionnels. Elles évoquent « de nouvelles surcharges de travail » pour des médecins déjà fortement sollicités, la plupart des gynécologues-obstétriciens et néonatologistes assurant plus de cinq gardes de 24 heures par mois et travaillant au-delà de 50 heures hebdomadaires.
Les réquisitions impliqueraient également des temps de transport supplémentaires et pourraient accentuer les difficultés de recrutement, voire entraîner des départs de praticiens, dans un contexte de désaffection pour les spécialités soumises à une permanence des soins continue.
Les signataires estiment que cette stratégie va à l’encontre des recommandations formulées par plusieurs institutions, dont la Cour des comptes et le Sénat, qui plaident pour une réorganisation territoriale avec regroupement des moyens.
Ils rappellent que la France affiche un taux de mortalité infantile d’environ 4,1 ‰, soit deux fois plus élevé que dans certains pays européens comme la Suède, la Finlande ou l’Italie (autour de 2 ‰), où les plateaux techniques ont été concentrés.
Dans ce contexte, ils jugent l’initiative « en total décalage » avec le plan gouvernemental en préparation sur la périnatalité et demandent à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, de renoncer à ces réquisitions et de privilégier une réorganisation structurelle de l’offre de soins.
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