« Nous ne sommes pas des paramédicaux » : les psychologues refusent le travail sous prescription des médecins

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La Convergence des Psychologues en Lutte s’oppose à une proposition de loi sur l’accompagnement des parents d’enfants atteints d’un cancer, d’une maladie grave ou d’un handicap. En cause : l’introduction d’accompagnements psychologiques ou de bilans neuropsychologiques pris en charge dans un cadre prescrit. L’association y voit une nouvelle étape de « paramédicalisation » de la profession et rappelle que les psychologues ne travaillent pas sur prescription médicale.

« Nous ne sommes pas des paramédicaux » : les psychologues refusent le travail sous prescription des médecins

© Midjourney x What's up Doc

Les psychologues ne veulent pas devenir des auxiliaires du soin médical. C’est, en substance, le message frontal adressé par la Convergence des Psychologues en Lutte (CPL), association qui dit regrouper une vingtaine de collectifs et environ 20 000 psychologues, dans un communiqué consacré à la proposition de loi n° 298 visant à « améliorer la protection et l’accompagnement des parents d’enfants atteints d’un cancer, d’une maladie grave ou d’un handicap ».

Le texte visé prévoit notamment que certaines séances d’accompagnement psychologique puissent être prises en charge lorsqu’elles sont prescrites à un mineur atteint d’une affection relevant d’un protocole de soins. Pour la CPL, le problème est là : « L’air de rien, comme si c’était tout naturel, la prescription médicale est annoncée. Or, rappelons-le, les psychologues ne travaillent pas sur prescription médicale. Autrement dit, ils ne sont pas des professionnels paramédicaux. »

Une attaque contre l’autonomie des psychologues

Le communiqué insiste sur la spécificité du statut de psychologue, que la CPL présente comme distinct de la filière médico-soignante. L’association affirme que les psychologues ont une place « aux côtés du médical », mais « sans y être subordonnée ». 

La CPL ne conteste pas la nécessité d’un accompagnement psychologique des enfants, adolescents ou familles concernés. Mais elle refuse que cet accompagnement soit organisé comme une prestation prescrite, protocolisée et conditionnée par un cadre médico-administratif. Le communiqué résume cette opposition en une formule qui concentre tout l’enjeu : « La parole humaine n’est ni réductible à un questionnaire ni fongible dans un protocole standardisé ou un parcours d’accompagnement calibré. »

Le bilan neuropsychologique également dans le viseur

La critique ne s’arrête pas aux séances d’accompagnement psychologique. La CPL pointe aussi les dispositions relatives au bilan neuropsychologique, qui pourrait faire l’objet d’une prise en charge par l’Assurance maladie pour certains mineurs, sous conditions : sélection du psychologue spécialisé, conventionnement avec l’organisme local d’assurance maladie, prescription médicale dans le cadre d’un protocole de soins, accord préalable du contrôle médical.

Pour l’association, ces conditions confirment une dérive : « La paramédicalisation continue d’être affirmée et nous notons aussi que les caractéristiques du bilan relèvent de l’avis de la HAS. » La CPL y voit une menace directe sur la liberté professionnelle des psychologues : « Cette proposition de loi ne fait que confirmer nos craintes d’une mise au pas et de l’attaque du statut de psychologue qui fixe sa liberté de choix de ses outils et de ses méthodes. »

Autrement dit, le sujet n’est pas seulement le remboursement. Il touche à la définition même du métier : qui décide du cadre d’intervention du psychologue ? Le patient, l’équipe, le psychologue lui-même, le médecin prescripteur, l’Assurance maladie, la HAS ? C’est cette chaîne de décision que la CPL conteste.

Derrière la prescription, une critique de la gestion des soins psychiques

Le communiqué élargit ensuite la critique. L’association dénonce une politique qui multiplierait les dispositifs ciblés, forfaits, plateformes et circuits dérogatoires, au lieu de renforcer les structures publiques existantes.

La formule est sévère : « Cette proposition de loi promeut là encore l’externalisation des soins psychiques et ne part pas des besoins de la population, mais de la nécessité de solutionner la dette publique à travers des dispositifs de gestion et de rationalisation. »

La CPL vise notamment les CMP enfants et adolescents, les CMPP, les BAPU, les services de santé universitaires, l’Éducation nationale et l’hôpital public. Selon elle, ces structures sont déjà fragilisées par des années d’austérité, avec des prises en charge « toujours plus difficiles et fractionnées ». Elle dénonce des « dispositifs de façade : plateformes d’orientation, forfaits, circuits dérogatoires, alors même que les structures publiques et associatives historiques sont exsangues. »

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/les-psychologues-aux-medecins-ya-pas-ecrit-auxiliaire-medical-ici

Un refus des « coupe-files » sans moyens

Le communiqué s’en prend aussi à l’idée d’un dispositif « coupe-file » permettant à un enfant ou adolescent repéré en souffrance psychique d’être reçu par un professionnel de santé dans les 24 à 48 heures. « Dans le contexte actuel de dégradation majeure des conditions d’accueil du public en situation de souffrance psychique, de plus en plus nombreux, avec une énorme pénurie de soignants, imaginer qu’on pourra répondre sous 24 ou 48 heures à toutes les situations de détresse des enfants et des adolescents est totalement hors-sol. N’est visé là qu’un effet d’annonce, déconnectée de la réalité. »

Pour l’association, prioriser une première consultation sans organiser les suivis revient à déplacer le problème. Elle dénonce une logique de tri, où certains patients passeraient devant d’autres sans que les capacités de prise en charge augmentent réellement.

« Mon soutien psy » dans le collimateur

La CPL demande enfin une réorientation des moyens. Elle vise explicitement « Mon soutien psy », dispositif qu’elle juge « largement boycotté par la profession », « inopérant » et « irrespectueux des patients comme de notre statut ». Elle réclame que les 170 millions d’euros annuels que la CPAM attribue à ce dispositif soient réaffectés aux structures existantes.

Ces financements permettraient « l’embauche de milliers de psychologues dans les institutions publiques, afin de renforcer durablement le maillage territorial des soins psychiques et l’accès libre, égalitaire, ancré dans les territoires et coordonné avec les autres acteurs du soin et de l’éducation. »

« Les psychologues demandent qu’on les laisse travailler à partir des besoins réels de la population et non à partir d’objectifs gestionnaires et technocratiques. »

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