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Le mur démographique et l'explosion des maladies chroniques saturent les urgences : des patients polypathologiques, en état sévère, s'y accumulent faute d'avoir été pris en charge ailleurs, et y restent longtemps, faute de « solutions d'aval » (lits d'hospitalisation, en Ehpad, en hospitalisation à domicile...), résument six personnalités missionnées en septembre par le ministère de la Santé, dans ce rapport consulté par l'AFP.
Il faut « transformer » le système, en érigeant la prise en charge des personnes âgées polypathologiques en « priorité absolue », qui devra être « financée » et « valorisée », poursuivent ces auteurs, dont plusieurs urgentistes et cadres hospitaliers.
En Ehpad il faudrait, d’ici 2050, 365 000 places en plus des 640 000 existantes, alors que leur nombre « a diminué entre 2019 et 2023 ». À l'avenir, « les aînés les moins dépendants devront rester à domicile ou en résidence autonomie » - nécessitant la création de 800 000 emplois - et les Ehpad et hôpitaux accueilleront les cas très complexes, anticipent-ils.
Les parcours de soin devront donc être organisés ensemble par « tous les acteurs d'un territoire » (soignants de ville, hôpital, médico-social...), orientés vers « le dépistage précoce » et « le maintien à domicile », écrivent-ils.
La formation médicale est aujourd'hui « concentrée sur les spécialités d’organe » techniques, « au détriment de formations holistiques (médecine interne, gériatrie, urgence…) », ce qui « ne correspond plus aux besoins », observent-ils.
Repenser l’hôpital
Ils suggèrent d'augmenter les effectifs de ces spécialités « transversales », et « réorganiser » les hôpitaux autour d'elles, en augmentant substantiellement le nombre de lits de « médecine interne et polyvalente » et supprimant des « lits de spécialité » dans les petits établissements. Il faut y adosser un « solide service social », pour « fluidifier » les parcours de ces « patients vulnérables, isolés », ajoutent-ils.
Ils proposent aussi de créer une spécialité « gériatrie » pour les infirmières en pratique avancée (IPA, titulaires d'un master), déployables notamment dans les Ehpad.
Ils appellent encore à « rendre obligatoires » et « doter de moyens », pour les urgences très fréquentées (25 000 passages annuels), les « cellules d'ordonnancement des lits » d'aval, qui connaissent en temps réel les capacités et peuvent organiser des transferts inter-services. Ces lits pourraient même être gérés à l'échelle territoriale, en incluant le secteur privé, envisagent-ils.
Ils appellent enfin à généraliser « les bonnes pratiques », comme les « filières gériatriques » au sein des Samu-SAS (qui répondent au « 15 »), capables de réorienter des malades ou d'organiser des « admissions directes » sans passage aux urgences, les « équipes mobiles » qui interviennent notamment à domicile et Ehpad, ou les numéros d'appel destinés à fournir aux soignants non-spécialisés un avis expert.
« Les solutions existent. Elles exigent aujourd’hui des arbitrages politiques clairs, des moyens dédiés et un calendrier contraignant », a réagi dans un communiqué le syndicat Samu-Urgences de France qui, au cœur d'un été caniculaire, « demande instamment » des « arbitrages publics à la hauteur ».