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Infectiologue au CHU de Nice, la Dr Véronique Mondain exerce également en médecine intégrative, une approche qui accorde une place importante à la santé environnementale. Depuis plusieurs années, elle travaille avec une équipe pluridisciplinaire à la conception de MonExposome, un outil de prévention fondé sur la notion éponyme, qui désigne l’ensemble des expositions environnementales et comportementales auxquelles est soumis un individu au cours de sa vie. À travers un questionnaire et une synthèse personnalisée, le dispositif entend aider chacun à identifier les facteurs susceptibles d’influencer sa santé… et à agir sur eux, éventuellement avec l’aide des médecins.
What's up Doc : Comment est né le projet MonExposome ?
Véronique Mondain : Cela fait quatre ou cinq ans que je souhaitais développer un outil consacré à la santé environnementale. C'est un domaine qui commence à se développer dans les services hospitaliers, mais les professionnels de santé y sont encore peu formés. À Nice, nous avons un historique particulier, notamment grâce aux travaux du Pr Patrick Fénichel, qui a été parmi les premiers à s'intéresser à ces questions et à développer des formations universitaires associées.
L'idée était de créer un outil multidisciplinaire, destiné aussi bien aux patients qu'aux soignants, qui permette d'améliorer leurs connaissances à partir de recommandations et de publications scientifiques validées, mais aussi de les aider à modifier certaines habitudes pour réduire leurs risques de développer des maladies chroniques.
« Les expositions de la mère peuvent favoriser, des décennies plus tard, l'apparition de maladies chez l'enfant »
Que recouvre exactement la notion d’exposome et quelle est son importance dans le développement des maladies chroniques ?
VM. : Il s’agit de l’ensemble des expositions, environnementales et comportementales, auxquelles nous sommes soumis au cours de la vie. Aujourd'hui, nous avons bien mis en évidence que l'environnement au sens large est à l'origine de 80 % de l'installation des maladies chroniques. Les maladies génétiques sont, elles, relativement rares.
L’exposome est une notion très importante, qui commence avant même la naissance. La période de la conception et du développement prénatal est particulièrement vulnérable. Le stress de la mère, son alimentation ou son exposition aux pesticides peuvent déjà avoir des conséquences sur l'enfant, notamment à travers des mécanismes épigénétiques. Ces expositions peuvent favoriser, trente ou quarante ans plus tard, l'apparition de maladies cardiovasculaires, mentales ou inflammatoires.
Concrètement, comment fonctionne cet outil ?
VM. : Nous avons réuni plusieurs équipes hospitalières en endocrinologie et en santé publique, ainsi que des spécialistes de ville et des associations de santé environnementale. Nous avons construit huit questionnaires portant sur les grandes dimensions de la santé au quotidien : alimentation, qualité de l'air, cosmétiques, activité physique, sommeil, bruit, stress… L'objectif est de dresser un panorama des expositions et des comportements d'une personne.
Les questions sont accompagnées d'explications pour les rendre accessibles. Un code couleur (vert, jaune, orange, rouge) permet de situer immédiatement ses réponses. Les utilisateurs peuvent ensuite accéder à deux niveaux d'information : un premier, assez simple, qui explique les enjeux, et un second, plus détaillé, qui renvoie notamment vers des documents scientifiques.
Compléter l’ensemble des questionnaires prend environ 30 minutes. Une fois les réponses enregistrées dans REDCap - un logiciel universitaire anonymisé et sécurisé - un système d'intelligence artificielle permet de les hiérarchiser et de produire une synthèse personnalisée, que nous avons appelée l'ExpoScore.
Qu'apporte MonExposome par rapport aux recommandations de prévention déjà disponibles ?
VM. : D'abord, les utilisateurs découvrent parfois des expositions auxquelles ils n'avaient jamais pensé. Tout le monde ne sait pas, par exemple, que les bougies parfumées peuvent présenter des risques pour la santé.
Mais l'intérêt principal est de regrouper des dimensions habituellement abordées séparément : on trouve des questionnaires sur l'alimentation ou sur le bruit, mais rarement une approche aussi globale. C'est tout l'intérêt de la notion d'exposome : prendre en compte les associations et les effets cumulés des expositions. Ce n'est pas nécessairement une exposition ponctuelle qui pose problème, mais sa répétition et son association avec d’autres au fil des années.
Notre objectif n'est pas d'effrayer les utilisateurs. Nous voulons au contraire rendre ces informations compréhensibles et leur proposer des solutions concrètes, par exemple sur les habitudes de consommation.
« Ces données permettront de mieux comprendre les liens entre certaines expositions et différentes pathologies »
Comment hiérarchiser des expositions aussi différentes que la pollution, l'alimentation ou le stress ?
VM. : Pour être tout à fait honnête, nous ne savons pas encore précisément comment hiérarchiser toutes ces expositions. Il reste beaucoup d'inconnues, notamment concernant les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), le cadmium et d'autres polluants. Nous avons donc choisi de privilégier, dans notre ExpoScore, les éléments sur lesquels les personnes peuvent agir directement. Il est plus facile de modifier son alimentation ou les produits d'entretien que l'on achète que de changer la qualité de l'air extérieur ou son lieu de résidence.
Nous avons pondéré les résultats en fonction de cette facilité de mise en œuvre. L'idée est de dire aux personnes : « commencez par ces deux ou trois changements, ce sont ceux sur lesquels vous pouvez agir en priorité ».
Nous avons également accordé une place importante au stress et à l'environnement psychosocial, depuis la petite enfance. Les violences, les tensions familiales ou les expériences difficiles peuvent avoir des conséquences durables sur la santé. Lorsqu'une personne présente un niveau de stress élevé, nous l'encourageons à consulter un professionnel de santé ou à envisager des pratiques psychocorporelles.
L'outil est-il destiné à être utilisé pendant une consultation médicale ?
VM. : Il peut tout à fait l'être, mais nous avons justement voulu éviter que le médecin soit systématiquement la porte d'entrée. Les médecins manquent déjà de temps, ont beaucoup de patients et de moins en moins de possibilités d'aborder la prévention de manière approfondie.
Avec MonExposome, chacun peut remplir le questionnaire de manière autonome, puis apporter sa synthèse à son médecin. Celui-ci dispose alors d'un compte rendu personnalisé, qui peut servir de support à la discussion sans avoir à reprendre toutes les questions. C’est un gain de temps important. L'outil peut aussi être utilisé à l'hôpital, dans une salle d'attente, en entreprise avec la médecine du travail, ou par des mutuelles. L’idée, c’est vraiment que tout le monde puisse se l'approprier.
Au-delà de la prévention individuelle, vous souhaitez également recueillir des données pour la recherche. Dans quel objectif ?
VM. : Les réponses sont enregistrées de façon anonyme et les utilisateurs renseignent également leurs maladies chroniques. À terme, nous espérons que ces données permettront de mieux comprendre les liens entre certaines expositions et différentes pathologies. Cela nécessitera du temps et suffisamment de participants. Nous aimerions notamment que les personnes puissent refaire leur questionnaire tous les deux ou trois ans, afin d'observer l'évolution de leurs comportements et de leurs expositions. C'est donc à la fois un outil pédagogique de prévention et un projet de recherche en santé publique.
Où en est son déploiement aujourd'hui ?
VM. : Nous avons réalisé un premier envoi en interne au CHU de Nice au printemps, pour recueillir des retours sur la clarté des questionnaires. À ce moment-là, la partie intelligence artificielle n'était pas encore prête. Elle ne fonctionne dans sa version actuelle que depuis une dizaine de jours.
Nous sommes donc dans une phase de lancement très récente. Jusqu'à la fin de l'année, nous souhaitons recueillir le maximum de retours pour vérifier que les conseils proposés sont compréhensibles et cohérents, et éventuellement les ajuster. Une thèse d’exercice consacrée à l'outil a également été soutenue très récemment, par une médecin de santé publique, qui va poursuivre le développement du projet.
« Nous souhaitons particulièrement toucher les jeunes des quartiers populaires, où les expositions peuvent être importantes et la prévention moins accessible »
Avec quelle ambition ?
VM. : Faire de MonExposome un outil national de prévention. Nous avons déjà des contacts dans plusieurs régions, avec des équipes qui souhaitent l'intégrer à leurs cohortes.
Nous pouvons établir des conventions avec des partenaires pour qu'ils puissent exploiter les données de leur territoire et étudier leurs problématiques spécifiques. C'est important, parce que les expositions ne sont pas les mêmes partout. Une région agricole du centre de la France n'aura pas nécessairement les mêmes problématiques liées aux pesticides qu'une grande métropole.
Nous aimerions d’ailleurs, l’an prochain, intégrer des cartographies nationales des expositions, notamment concernant le plomb, le cadmium, les PFAS ou la qualité de l'air.
Le questionnaire dure tout de même une trentaine de minutes. N'est-ce pas un obstacle important pour toucher le grand public ?
VM. : C'est incontestablement une limite. Je pense que nous passons aujourd'hui à côté de facilement 50 % des personnes, compte tenu de la durée du questionnaire et de la communication que nous avons menée jusqu'à présent.
Mais d’un autre côté, je ne vois pas comment on pourrait évaluer sérieusement des expositions aussi nombreuses et variées en cinq minutes. Si l'on souhaite vraiment s'intéresser à sa santé, prendre une demi-heure pour faire le point ne me semble pas insurmontable. On peut d'ailleurs remplir le questionnaire en famille ou entre amis, comparer ses réponses. Cela permet aussi d'engager une réflexion collective sur ses habitudes.
Nous souhaitons particulièrement toucher les jeunes, notamment dans les quartiers populaires où les expositions peuvent être importantes et la prévention moins accessible. Un projet universitaire doit justement permettre de former pendant un an des femmes volontaires issues de ces quartiers, entre autres, à ces questions. Elles pourront ensuite devenir des ambassadrices auprès de leur entourage.
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