Soigner des enfants s’est très vite imposé comme une évidence pour Dr Nathalie Régnier. « Avec eux, il faut savoir s’adapter, toujours se réinventer et beaucoup les observer puisqu’ils savent moins nous transmettre leurs ressentis ou émotions », affirme cette médecin généraliste spécialisée dans la protection de l’enfance depuis 12 ans. Elle exerce désormais au centre d’Asterya, premier hôpital de jour dédié aux enfants placés de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), dans le XIIe arrondissement de Paris, comme clinicienne et responsable médicale.
« Ici, l’objectif, c’est de faire le point sur la santé des jeunes accueillis à l’ASE qui ont souvent peu d'accès aux soins. »
Nathalie Régnier nous accueille, sourire vissé aux lèvres et pas dynamique, dans cet établissement qui ne ressemble pas à un centre de santé classique. On y entend quelques rires timides d’enfants qui grimpent dans l’immense escalier en bois, qui ressemble à une aire de jeu, au centre du bâtiment. « Il y a un enfant qui m’a dit que ça ressemblait à un bateau pirate », glisse la médecin, en nous emmenant jusqu’aux boxs de consultations, « adaptés à des enfants de 0 à 18 ans ». « Voire même pour des jeunes de 25 ans, car l’idée est de pouvoir continuer à accompagner ces jeunes adultes, souvent très démunis à l’âge de la majorité, avec tout le système de soins et de suivi qui s’arrête », ajoute-t-elle.
Trauma complexe et humilité
« Ici, l’objectif, c’est de faire le point sur la santé des jeunes accueillis à l’ASE. En gros, que tu nous dises comment tu vas, qu’on voit si on peut t’aider ou s’il n’y a pas besoin », explique Nathalie Régnier à une adolescente, bientôt majeure, qui souffre de dépression depuis deux ans, lors de sa première consultation de la journée. Le centre d’appui à l’enfance Asterya a ouvert en novembre 2025, sous l’impulsion de Pr Céline Greco, ex-enfant placée devenue médecin spécialisée dans la prise en charge de la douleur et des enfants vulnérables.
« Nous, on sait qu’on peut les aider mais ce n’est parfois pas le bon moment pour eux. »
Plus de 200 enfants ont déjà pu être pris en charge, « notamment autour du trauma complexe puisque c’est une des problématiques importantes des enfants placés à l’Aide sociale à l’enfance », précise Nathalie Régnier. « L’objectif, c’est de pouvoir faire une prise en charge globale de ces enfants dans un même lieu, d’autant plus que nous avons constaté qu’ils ont souvent peu d’accès aux soins », ajoute-t-elle.
Les enfants placés, confrontés très jeunes à des violences, développent des symptômes « à la fois somatiques et psychiques, qui atteignent la sphère des émotions, des apprentissages mais aussi du comportement », indique la médecin.
« Je me trouve assez humble dans mes prises en charge. »
Prendre en charge ces jeunes patients traumatisés a un impact sur la pratique des professionnels de santé qui les accompagnent. « Nous, on sait qu’on peut les aider mais ce n’est parfois pas le bon moment pour eux. Il faut accepter que ce n’est peut-être pas cette semaine qu’on va pouvoir l’aider », raconte la médecin, qui explique avoir beaucoup travaillé sur sa « frustration », au fil des années.
Une spécialité mal rémunérée
« Je me trouve assez humble dans mes prises en charge », indique la médecin, qui exerce aussi en pouponnière. « Ce n’est pas moi, médecin généraliste, avec mes médicaments, qui vais tout résoudre », affirme celle qui s’appuie au quotidien sur ses collègues psychiatres, psychologues, psychomotriciens et orthophonistes.
Seule ombre au tableau de sa spécialité ? La rémunération. « La protection de l’enfance, c’est difficile. Nous sommes confrontés aux traumas, aux violences et à beaucoup de miroirs renvoyés lors des consultations », affirme la médecin, qui souhaiterait que cela soit « reconnu d’un point de vue financier ».
Pourtant, elle n’a jamais voulu arrêter. « J’ai quand même pris deux années sabbatiques depuis que je suis médecin », concède-t-elle en riant. Confrontée au quotidien à des « histoires absolument atroces et difficiles », Nathalie Régnier a éprouvé le besoin de prendre ces temps pour « revenir à une réalité plus normale », en profitant notamment de ses deux filles. Et si elle arrête un jour la pédiatrie ? Ce sera pour faire… de la gériatrie.
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