MG France va participer au Ségur de la santé... avec défiance

Le président de MG France, le Dr Jacques Battistoni, devrait participer au ségur de la santé. Et veut faire avancer la cause de la médecine primaire. 

Durement éprouvés par l’épidémie de Covid19, en perdant une vingtaine des leurs, les médecins généralistes auraient pu se demander si le ministère des solidarités et de la santé les avaient mis de côté, en organisant un grand raout (sans l, et sans reproche) hospitalier dénommé Le Ségur de la Santé. Et bien non, a affirmé le syndicat de médecins généralistes MG France, qui a été invité officiellement à cette grande concertation, dont les conclusions sont attendues pour la mi-juillet. Pour autant, MG France reste prudent, et se demande toujours s’il s’agit d’un « ségur de l’hôpital ou bien d’un ségur de la santé. Les médecins sont très dubitatifs : s’agit-il d’une opération de comm’ ou d’un plan de réformes », s’interroge le Dr Jacques Battistoni, président de MG France. Surtout, MG France craint que cette nouvelle concertation ne soit l’occasion d’un renouveau de l’hospitalocentrisme, au détriment du virage ambulatoire : « Nous nous demandons si, en fonction de l’effort nécessaire fait pour les personnels hospitaliers, la réforme de la T2A… les missions de l’hôpital ne vont pas s’étendre, ou si l’on va redéfinir de manière opportune un système dans la complémentarité entre la ville et l’hôpital », se demande encore Jacques Battistoni. Quoi qu’il en soit, MG France n’a pas l’intention de rester spectateur lors de ce Ségur de la santé.

Revendications

Il va avancer ses revendications. « Nous avons pu prendre conscience de l’importance des CPTS, lors de cette crise, qui ont permis ne pas mélanger les patients Covid avec les non Covid. Les CPTS sont utiles mais ne sont pas financées à la hauteur des besoins : il faut indemniser les professionnels qui y participent, il faut mieux les doter. » Par ailleurs, rappelle Jacques Battistoni, il faut aussi une « réponse organisée pour les soins non programmés ». L’épidémie de Covid 19 a éclipsé la crise des urgences, et les solutions apportées par le rapport Carli/Mesnier : « Cela doit revenir sur le devant de la scène : on doit organiser une régulation libérale autour du numéro 116 117. » Autre angle d’attaque ; les personnes âgées, et toutes les mesures qui les pourraient permettre le maintien à domicile : « Les Ehpad ont payé un lourd tribut à l’épidémie. Donc il faut rester à domicile et la place des généralistes est cruciale : la visite à domicile doit être revalorisée. » MG France veut aussi faire avancer des revendications au sujet de la téléconsultation : « La téléconsultation a une place à prendre mais on doit la réformer, notamment en ce qui concerne les conditions de pré-inscription. Il faut favoriser la prise en charge à 100% pour les soins primaires par l’assurance maladie. Nous devons continuer à pratiquer des téléconsultations au téléphone, par ailleurs, pour les patients en zone blanche ou qui ne seraient pas équipés de smartphone. Enfin, il faut développer la télé-expertise, aller plus loin. » 
Jacques Battistoni tient à ce que MG France participe au développement des liens entre la ville et l’hôpital, tout en faisant remarquer que « les médecins généralistes ne sont pas les supplétifs de l’hôpital ». La crise du Covid a aussi été l’occasion de se rendre compte que la protection sociale des médecins généralistes était bien trop lacunaire : « Il est nécessaire de négocier, d'améliorer notre couverture en cas de maladie ou de décès ou encore de baisse d’activité. Il faut revoir le paiement des indemnités journalières de 90 jours. La question du samedi matin aussi doit revenir dans la négociation. » 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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