Mémoire d’interne : Tomoyuki Segawa

Dr Tomoyuki Segawa, 32 ans, chef de clinique en psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine, Paris
Dr Tomoyuki Segawa, 32 ans, chef de clinique en psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine, Paris

Dr Tomoyuki Segawa, 32 ans, chef de clinique en psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine, Paris.

WUD : Quel est ton premier souvenir d’interne ?

Tomoyuki Segawa. Pendant la pause déjeuner, une alarme retentit. Avec mon co-interne, on suit alors le groupe de séniors qui se déplace à l’extérieur. On découvre une patiente à terre, en arrêt cardiorespiratoire, avec les psychiatres, sidérés et immobiles autour d’elle. Devant la scène, j’ai commencé à faire les gestes de premier secours alors que j’étais le plus jeune. Ça été un épisode assez marquant, quelques jours après le début de mon premier stage et une première garde marquée également par un arrêt !

WUD : Un (autre) souvenir de garde marquant, après ces débuts en fanfare ?

TS : Oui, je me souviendrai toujours de cette garde de réveillon de Noël. On reçoit un patient atteint de trouble bipolaire en accès maniaque, très ludique. Il est arrivé avec un sac rempli de jouets qu’il avait achetés et qu’il distribuait aux passagers dans le train pour compenser le fait de ne pas avoir de billet, comme un Père Noël avec ses cadeaux. Quand il a voulu faire de même avec le conducteur du train, il a été interpellé et amené aux urgences. C’est là qu’on l’a hospitalisé.

WUD : Qu’est-ce que tu as préféré pendant ton internat ?

TS : J’ai adoré cette période de transition, ce moment de liberté qui marque les débuts de l’autonomie, la vie de jeune adulte, les coloc’… Et puis tu commences à bosser la spécialité que tu as enfin choisie.

WUD : Et pourquoi le choix de la psychiatrie ?

TS : Cela s’est fait pendant l’externat, lors de mon premier jour de stage en psychiatrie. On assistait à un staff où il était question de savoir s’il était éthique de laisser une patiente atteinte de schizophrénie avoir recours à la consultation d’un voyant, qui constituait pour elle un lien social… À la fin, les séniors nous ont demandé ce qu’on en pensait. C’était un tel contraste avec le stage précédent, en médecine interne, très dur humainement, avec une organisation hiérarchique très pyramidale et une vision extrêmement technique du soin. J’ai été séduit par le fait qu’en psychiatrie il faille réfléchir, sortir parfois du cadre et des arbres décisionnels.

WUD : Est-ce qu’il y a malgré tout des choses qui t’ont moins plu lors de cet internat ?

TS : Oui, un stage de pédopsychiatrie en HDJ pour enfants autistes, très imprégné de théories psychanalytiques. Je n’ai pas réussi à trouver ma place en faisant tous les jours du cirque, des mimes, des dessins… Sans avoir le droit d’assister aux entretiens familiaux par exemple, qui m’intéressaient beaucoup plus.

WUD : Quel conseil donnerais-tu au jeune Tomoyuki qui commence médecine ?

TS : Fais un Erasmus ! Je regrette sincèrement de ne pas avoir eu cette expérience et de ne pas être un peu plus sorti des sentiers battus en enchaînant toutes mes années de médecine !
 

Portrait de Jean-Victor Blanc

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