Médecins séniors : les jeunes sont des jean-foutres

Mais ils ne sont pas mauvais

Un sondage réalisé auprès de médecins hospitaliers de plus de 45 ans révèle un pessimisme certain sur l’avenir de leur profession. Leurs inquiétudes se traduisent aussi par le regard qu’ils portent sur la nouvelle génération, pas vraiment complaisant…

Les médecins optimistes ne courent pas les rues... ni les couloirs d’hôpitaux, ni même les cabinets. Même s’ils peuvent s’enthousiasmer sur de nouvelles techniques, des avancées scientifiques, de nouveaux objets, peu estiment que le système de santé va dans le bon sens.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver, parmi les médecins hospitaliers confirmés, une certaine perplexité sur l’évolution de leur métier. Un sondage réalisé par Appel médical search (1) révèle ainsi que 60 % de ces praticiens interrogés se déclarent « inquiets » ou « pessimistes ». Ils ne sont, à l'inverse, que 19 % à être « optimistes ».

Durcissement des conditions d’exercice

Le sondage a été réalisé à l’automne 2017, auprès de 228 médecins hospitaliers (d'établissements publics ou privés) âgés de plus de 45 ans, exerçant comme cardiologues, radiologues, anesthésistes-réanimateurs ou urgentistes.

Leurs craintes se retrouvent dans les principales évolutions qu’ils anticipent. Ils sont 47 % à redouter un durcissement des politiques de santé, avec une diminution du financement du système de soins. Plus d’un tiers s’attend à une accélération de la course à la rentabilité. Les difficultés sont bien connues, et le sondage ne fait que confirmer l’état d’esprit général.

Intéressés, matérialistes et feignants

Mais un résultat plus intéressant ressort de cette étude. Les médecins ont été interrogés sur le regard qu’ils portent sur la nouvelle génération de confrères, et ça n’est pas brillant. Dans 61 % des cas, il est négatif (5 %) ou mitigé (56 %). Ce qui leur pose problème : il jugent cette génération matérialiste et autocentrée.

Les médecins séniors déclarent dans 69 % des cas que les jeunes manquent d’engagement vis-à-vis de la profession, en comparaison de celui qui est le leur. Ils sont encore plus nombreux (85 %) à penser qu’ils sont moins disponibles.

Interrogés sur les préoccupations qu’ils accordent à leurs cadets, leurs réponses ne sont pas tendres. Ils estiment que les jeunes recherchent avant tout une rémunération attractive (72 % des répondants) et la possibilité d’équilibrer vie professionnelle et vie privée (67 %). En troisième position, on retrouve un autre argument matérialiste : d’après leurs ainés, ils recherchent une spécialité faisant appel à une technologie de haut niveau (34 %). Tout cela loin devant l’attrait pour sauver des vies (11 %) ou la relation avec les patients (7 %). Intéressés, feignants et amateurs de gadgets. Dur !

On les aime bien quand même

Peut-être la jeune génération est-elle plus soucieuse de sa qualité de vie, c’est vrai. Lors d’un sondage réalisé en 2016 par Stethos pour Appel médical search auprès d’étudiants en médecine, cet aspect ressortait dans 70 % des réponses, classant le critère en troisième position. Il se plaçait néanmois derrière « exercer un métier utile » et « aider / sauver des patients ». Et en ne retenant que les sources de motivation citées en premier par les étudiants, il descend en quatrième position avec seulement 11 % de réponses. C’est donc un critère, mais pas forcément le principal.

Formulées à tort ou à raison, les critiques des médecins séniors sont tout de même contrebalancées par un regard positif. Ils sont 35 % à estimer que leurs jeunes confrères sont mieux formés qu’eux (contre seulement 23 % à penser l’inverse). En résumé : les bleus ne sont pas mauvais, mais il faudrait qu’ils se mettent un peu au boulot.

(1) Spécialiste du travail temporaire des professionnels de santé.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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