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Le médecin de famille reste largement plébiscité, mais le recours aux soins semble s’éloigner du modèle qu’il incarne. Selon le premier « Baromètre de la médecine de famille », réalisé par Odoxa pour MadeForMed, 94 % des 200 médecins généralistes et 82 % du millier de Français interrogés se disent attachés à cette figure.
Dans les faits, le tableau est plus contrasté : si 92 % des Français interrogés déclarent disposer d’un médecin traitant, seuls 52 % disent le consulter régulièrement et 47 % s’adresser à lui en priorité face à un problème de santé.
« Cet attachement est presque un peu théorique, parce que dans la pratique, ça ne se passe pas de la même façon », réagit le Dr Julien Pourcel, médecin généraliste et cofondateur de MadeForMed.
Recherche d’immédiateté
L’écart est particulièrement marqué selon l’âge. Parmi les 25-34 ans, seuls 32 % déclarent consulter leur médecin traitant en premier réflexe en cas de problème de santé, contre 61 % des 65 ans et plus. Par ailleurs, 22 % des 25-34 ans préfèrent consulter le premier médecin disponible, contre 16 % de l’ensemble des répondants.
Pour Julien Pourcel, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce décalage : la difficulté d'obtenir rapidement un rendez-vous dans un contexte d'offre médicale en tension, le développement d'autres modalités d'accès aux soins, mais aussi une recherche accrue d'immédiateté.
« On ne peut pas attribuer ce paradoxe à un seul élément bien précis », reconnaît-il, estimant que même avec davantage de médecins disponibles, le recours au médecin traitant ne serait pas systématique.
Les plateformes dans le viseur
Le baromètre met également en évidence le regard ambivalent des généralistes sur les plateformes de rendez-vous et de téléconsultation. Parmi les médecins interrogés, 64 % leur reconnaissent un effet positif sur l'accès aux soins et 55 % sur leurs conditions de travail.
Mais 71 % considèrent parallèlement qu'elles ont un impact négatif sur le suivi des patients dans la durée, 76 % sur leur fidélité à leur médecin et 78 % sur la relation entre patients et médecins.
Un paradoxe surprenant pour Julien Pourcel : « Ce qui nous a étonnés, c’est qu’ils sont beaucoup à considérer que ces plateformes dégradent la relation avec leurs patients, alors même qu’ils reconnaissent leur impact positif sur l’accès aux soins ».
Ces résultats mesurent toutefois la perception des médecins interrogés, et non un lien de causalité entre utilisation des plateformes et moindre continuité des soins. Interrogé sur ce point, le cofondateur de MadeForMed avance là encore les difficultés d'accès au médecin habituel et une évolution des comportements, notamment chez les jeunes patients, davantage habitués selon lui à obtenir rapidement un service.
Moins d'administratif, première demande des généralistes
Au-delà du numérique, les médecins interrogés désignent surtout la réduction de la charge administrative comme premier levier pour renforcer la médecine de famille : 73 % la citent, devant la revalorisation de leur rôle dans le parcours de soins (69 %).
Une revalorisation qui ne serait d’ailleurs pas seulement financière, précise Julien Pourcel. « C'est vraiment une question de reconnaître l'expertise médicale du médecin de famille », explique-t-il. « Ils ont besoin de retrouver cette place centrale dans le parcours de soins, d’être reconnus comme tels et pas seulement comme les passeurs d’une consultation d’un spécialiste à un autre ».
MadeForMed, fondée en 2014 par Julien Pourcel, médecin généraliste, et Thomas Plain, ingénieur, commercialise auprès des médecins généralistes une suite comprenant notamment agenda, prise de rendez-vous en ligne, assistant téléphonique, messagerie et logiciel médical. Elle revendique plus de 4 000 médecins utilisateurs et près de 10 millions de patients.
L'entreprise à mission, qui entend « moderniser la médecine de famille », se présente explicitement comme une alternative aux grandes plateformes de prise de rendez-vous, qu'elle accuse de favoriser le « nomadisme médical », soit le fait pour un patient de consulter plusieurs médecins pour un même motif, sans suivi dans la durée.
Le baromètre a été réalisé en ligne du 26 mars au 13 avril 2026 auprès de 200 médecins généralistes, constituant un échantillon représentatif selon le sexe, l'âge et la région d'exercice. Cinq questions ont parallèlement été posées à 996 personnes représentatives de la population française adulte selon la méthode des quotas, précise l’entreprise dans un communiqué.
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